
Caroline Glon, maire-adjointe déléguée à la culture et au patrimoine de la Baule-Escoublac
À La Baule-Escoublac, la politique culturelle se construit au rythme d’un territoire marqué par une saisonnalité, dont la population est multipliée par dix durant l’été. Entre valorisation du patrimoine, affirmation de l’identité territoriale, développement de nouveaux lieux et favorisation de la participation de toutes et tous à la vie culturelle, la Ville entend conforter une offre culturelle de qualité tout au long de l’année. Rencontre avec Caroline Glon, adjointe à la culture de La Baule-Escoublac, nouvelle commune adhérente de la FNCC.
Quelles motivations vous ont-elles conduite à vous engager en politique ?
J’étais déjà élue lors du précédent mandat, en tant que conseillère municipale chargée du patrimoine. Je me suis notamment occupée du site patrimonial remarquable de La Baule-Escoublac. Mon engagement vient d’abord de mon attachement très fort à cette ville où je suis née et où ma famille est installée depuis 1964.
Ma volonté était de continuer à protéger le patrimoine, mais aussi de donner un nouvel élan à la culture. C’est vraiment un rapport viscéral avec cette ville qui est à l’origine de mon engagement.
La Baule-Escoublac est un territoire dont la démographie varie considérablement au cours de l’année. Comment cette saisonnalité influence-t-elle votre politique culturelle ?
La population est au moins multipliée par dix pendant l’été. Lorsque j’étais petite, La Baule-Escoublac comptait environ 7 000 habitants ; nous sommes aujourd’hui 18 000 à l’année et nous pouvons passer à 180 000 ou 200 000 personnes, voire davantage sur la plage, pendant la saison estivale.
Cela implique de répondre à des attentes parfois différentes. Notre population qui vit à l’année, tous âges confondus, a le droit d’être exigeante. L’hiver, nous pouvons proposer des choses assez pointues mais aussi populaires, notamment à Atlantia, notre palais des congrès, qui accueille des tournées de théâtre parisiens et des avant-premières. Nous disposons également du Gulf Stream, un cinéma municipal historique qui propose de nombreuses avant-premières.
L’été, il faut conserver cette exigence de qualité tout en proposant une programmation plus familiale et grand public. Il existe des sessions de comedy club ainsi que plusieurs soirées dans notre parc des dryades qui y sont consacrées mais également des soirées électro. Il faut pouvoir s’adresser à tous les goûts et à tous les budgets.
Notre objectif est également de développer les infrastructures culturelles. La chapelle Sainte-Anne accueille des expositions et sa programmation est quasiment complète deux ans à l’avance. Nous venons donc d’acquérir une chapelle désacralisée à proximité du Palais des congrès, sur laquelle nous allons engager des travaux. D’autres lieux sont également en projet, notamment un théâtre. Pendant longtemps, nous avons manqué d’infrastructures et nous essayons aujourd’hui d’y remédier.

© Ville de La Baule-Escoublac
Quels sont, selon vous, les principaux atouts culturels de La Baule-Escoublac ?
Le patrimoine est évidemment très important pour moi. La ville peut sembler récente puisqu’elle date de 1879 mais, en réalité, son histoire commence bien avant avec le bourg d’Escoublac qui, enseveli, a dû être déplacé et reconstruit. Nous avons également un patrimoine naturel important, avec notamment notre canopée et notre dune, et nous faisons partie du Club des plus belles baies du monde.
Nous travaillons par ailleurs depuis le précédent mandat au réaménagement complet de la promenade de mer, à la fois pour l’adapter au changement climatique et pour en faire un véritable lieu de vie.
La commune est aussi composée de quartiers aux identités très différentes. Il s’agissait d’abord d’Escoublac, devenu aujourd’hui La Baule-Escoublac. Le premier constitue le bourg historique, avec son église dont les vitraux sont classés au titre des monuments historiques. Selon les quartiers, de Beslon au Guézy, les ambiances et les architectures sont très différentes.
Nous disposons également de plusieurs équipements culturels de qualité. La chapelle Sainte-Anne est un très beau lieu d’exposition situé en plein centre-ville. Atlantia Jacques Chirac offre une infrastructure importante, complétée par le nouvel espace Échappée Mer. On peut également citer le parc des Dryades, qui a fait l’objet de nombreux aménagements pour accueillir des musiciens exigeants, de renommée nationale ou internationale. Une scène couverte, dotée de tous les équipements nécessaires, y est notamment installée. De son côté, la bibliothèque municipale développe des animations variées et adaptées aux différents âges. Le Palais des Congrès est exploité en délégation, tandis que la chapelle, le musée Boesch et la bibliothèque sont directement gérés par la Ville.
Quelle place souhaitez-vous donner à la culture dans la politique de la Ville ?
L’idée est que La Baule-Escoublac ne soit pas seulement considérée comme une station balnéaire, mais comme une ville dans laquelle on peut vivre toute l’année. Cela suppose d’avoir des expositions, des spectacles et des lieux culturels actifs tout au long de l’année.
Nous constatons par exemple que de plus en plus de personnes viennent passer Noël ici, y compris sans y posséder de résidence. Nous organisons depuis plusieurs années « Noël magique », mais aussi des animations de Noël variées dont une piste de luge et une belle exposition à la Chapelle Saint-Anne. Cela attire énormément de monde. Nous souhaitons également continuer à développer les festivals. Nous accueillons déjà notamment un festival de musique de film, un festival de films politiques ou encore un festival de musique classique.
Mais ce qui m’importe surtout, c’est de proposer de la qualité pour tous. Il ne faut pas donner l’impression que la culture serait réservée à une certaine catégorie de personnes. Nous proposons donc beaucoup d’événements gratuits, tout en conservant une exigence de qualité.
Lors de la Nuit des galeries, par exemple, nous avions installé devant les galeries des panneaux portant la mention « Osez entrer ». C’est une expression qui résume assez bien notre démarche. On peut parfois avoir peur de franchir la porte d’une galerie en pensant que ce n’est pas pour soi. Or, il faut simplement oser faire ce premier pas, entrer, regarder les œuvres et rencontrer les artistes. La culture doit être pour tout le monde.
Vous accordez également une place importante à l’identité bretonne du territoire…
Oui. La Loire-Atlantique n’appartient plus administrativement à la Bretagne, mais nous avons une histoire et une identité bretonnes très fortes auxquelles les habitants sont extrêmement attachés. Nous souhaitons redonner toute sa place à cette dimension. Le pardon de La Baule-Escoublac, par exemple, va bientôt fêter ses 80 ans. Là encore, ce sont des propositions gratuites et de qualité. Cette culture bretonne a peut-être été un peu mise de côté pendant un temps, comme s’il n’était pas suffisamment « chic » de se dire breton. Il existe pourtant un véritable attachement des habitants à cette identité et nous souhaitons la faire vivre.
Quels principes guident plus largement votre action culturelle ?

Exposition des « Fragiles Colosses » de Michel Bassompierre
Nous voulons proposer une programmation variée, de qualité, mais aussi savoir être inventifs et faire sortir l’art des lieux dans lesquels on l’attend habituellement.
Nous l’avons fait cette année avec les œuvres monumentales de Michel Bassompierre. Une dizaine de sculptures ont été installées le long du boulevard de mer, créant un véritable parcours. On voit toute la journée des personnes s’arrêter devant les œuvres et se prendre en photo. Cela devient une promenade familiale et permet à des personnes qui ne seraient peut-être jamais allées voir ces sculptures dans un musée de les découvrir dans l’espace public.
Nous souhaitons aussi nous ouvrir davantage à des disciplines que nous avions jusque-là peu explorées. Une exposition consacrée au street art et au graffiti est notamment prévue à la chapelle Sainte-Anne. Nous réfléchissons également à l’organisation d’un festival autour du street art, avec des interventions sur certains murs, des parcours dans la ville et des rencontres avec les artistes.
C’est aussi une manière d’attirer des publics plus jeunes et plus urbains. Ce n’était pas du tout ma culture à l’origine, mais lorsque j’ai commencé à découvrir le street art, j’ai trouvé cela formidable.
Vos principales difficultés et/ou principaux manques ?
La principale difficulté était le manque de lieux, mais nous sommes justement en train d’y remédier avec l’acquisition de la nouvelle chapelle et les autres projets en cours.
La question budgétaire nous conduit aussi à réfléchir autrement, à devoir imaginer des organisations d’expositions sans nécessairement avoir recours à des dispositifs très coûteux. Nous constatons par ailleurs que de nombreux artistes, y compris parmi les plus reconnus, sont particulièrement heureux de pouvoir exposer à La Baule-Escoublac.
Il faut savoir adapter les budgets, faire des choix et trouver d’autres solutions sans renoncer à l’ambition culturelle.
Quels objectifs souhaitez-vous poursuivre au cours du mandat ?
J’aimerais que La Baule-Escoublac devienne un lieu de référence culturelle, avec une culture accessible à tout le monde, de qualité et véritablement ancrée dans son territoire et dans sa région.
Il faut aller chercher les publics. Nous faisons déjà venir des classes dans les expositions afin que les jeunes puissent découvrir les œuvres, bénéficier d’explications et rencontrer les artistes. Nous pourrions aussi développer davantage les actions avec les maisons de retraite, aller chercher les personnes âgées et les accompagner vers l’art.
Cette question de l’accessibilité est très importante pour moi personnellement. Je suis avocat, mais si je suis passionnée de culture, de transmission et de patrimoine, je viens d’une famille où ni l’art, ni la culture n’avaient leur place. J’ai appris toute seule. Si je n’avais pas eu accès aux musées, aux bibliothèques et aux expositions gratuites, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. C’est pourquoi je tiens à une culture à la fois exigeante, populaire et réellement ouverte à tous.

Le cinéma Gulf Stream © Ville de La Baule-Escoublac
Qu’attendez-vous de votre adhésion à la FNCC ?
D’abord de la formation. J’ai vu que la FNCC proposait régulièrement des webinaires et des formations en ligne. Mais ce qui m’intéresse également beaucoup, c’est de rencontrer d’autres élus et de découvrir ce qui se fait dans les autres collectivités.
Depuis notre adhésion, je regarde la newsletter et j’y trouve déjà des initiatives intéressantes. J’ai par exemple repéré une information concernant les bibliothèques que j’ai immédiatement transmise à la responsable de notre bibliothèque.
Je crois que c’est quelque chose de très important : voir ce que font les autres villes. Il y a de bonnes idées à prendre partout. Les échanges entre élus permettent de partager ces expériences et de s’inspirer mutuellement.
Propos recueillis par Noémie Picard



