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Plan d’action commun de transformation écologique du spectacle

Par 21 février 2024février 23rd, 2024Aucun commentaire

Le ton est solennel. « Nous, organisations professionnelles, fédérations et réseaux du spectacle vivant public et privé, toutes esthétiques et économies confondues, représentant 4 000 structures, établissements, entreprises et artistes-auteur·ices, avons décidé d’une coopération durable pour mettre en œuvre plus efficacement la transformation écologique et penser ensemble les évolutions systémiques nécessaires. »

Réunis dans le collectif Arviva (Arts vivants, Arts durables), 14 réseaux professionnels du spectacle vivant s’engagent dans un « plan d’action dynamique » pour adapter le secteur aux exigences environnementales. Il concerne au premier chef la structuration interne des métiers  du spectacle vivant : formation, information, emploi. Mais il interpelle également les responsables politiques en tant qu’interlocuteurs ici incontournables. Deux dimensions majeures pour une mutation écologique du spectacle vivant relèvent en effet directement du politique, local comme national : l’écoconditionalité des aides publiques et la mobilité, tout particulièrement celle des publics, cause première de l’impact carbone de ces professions.

Ecoconditionalité et/ou éco-bonus

« Les politiques publiques sont essentielles : elles rendent possible la transition écologique du secteur, notamment en la finançant, permettent son institutionnalisation et la légitiment. » Le texte part du constat que l’écoconditionalité des aides publiques est désormais un fait. Les régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine, par exemple, la pratiquent déjà. C’est aussi une direction prise par le ministère de la Culture, comme en témoigne son récent “Guide d’orientation et d’inspiration pour la transition écologique de la culture”. Donc les financeurs commencent à s’en saisir, mais « de façon diverse et non concertée ». Et ce avec des impacts non encore précisément anticipés, d’où de légitimes inquiétudes.

Craignant « une construction précipitée d’éco-conditionalités restrictives », Arviva en prône une approche raisonnée et attentive à la diversité des acteurs et des situations. « Si l’instauration progressive de critères d’écoconditionnalité nous semble un levier pertinent pour permettre la transformation systémique du secteur, elle doit être construite en concertation avec les organisations représentatives des acteur·rice·s concerné·e·s pour proposer des mesures adaptées et garantir une cohérence d’ensemble. »

Logiquement, la concertation exige de la part des acteurs du spectacle vivant une position partagée dont le préalable sera le recensement des pratiques d’écoconditionalité d’ores et déjà à l’œuvre. Sur la base d’un tel accord interne, le dialogue à venir avec les partenaires publics des structures du spectacle vivant visera plusieurs objectifs. Afin « d’adapter les dispositifs de soutien actuels pour qu’ils cessent de freiner la transition », il importera :

  • de pérenniser et de développer de nouveaux financements publics dédiés à la transition écologique,
  • d’accompagner les structures pour faciliter l’accès à ces financements en apportant lisibilité et aide à la mise en œuvre des démarches,
  • de reconnaître l’importance de financer le fonctionnement des structures au-delà des investissements et des appels à projets,
  • de repenser les modalités d’attribution des aides et l’évaluation des projets, lesquels privilégient souvent la quantité de spectacles créés et une « diffusion déraisonnée » (au détriment d’un temps de création/production permettant l’éco-conception des spectacles et des tournées),
  • et de tendre vers une « critérisation écologique juste des financements » prenant en compte la diversité des situations et de l’accès aux aides.
Mobilités

Les déplacements, d’abord des publics mais aussi des équipes et artistes, sont la première cause d’impact carbone du secteur. Pour autant, cette mobilité est au fondement même de l’activité du spectacle vivant : faire venir un public au spectacle. « C’est bien la rencontre physique des œuvres, des artistes et du public qui fait la spécificité du spectacle vivant et qu’il est impératif de conserver. » Il y a donc une tension paradoxale. Comment, sinon la résoudre, du moins l’atténuer ?

Là encore Arviva procède à partir de l’adoption d’une position partagée par les professionnels en matière de mobilités culturelles pour, dans un deuxième temps, envisager un dialogue systématique avec les opérateurs de transport et les puissances publiques qui les financent. Dans cette perspective de long terme, le collectif produira dès 2024 un “manifeste” portant un double objectif :

  • identifier les leviers d’actions du secteur du spectacle vivant pour changer les pratiques des structures
  • et faire alliance pour « influencer les décideurs et opérateurs de transports » sur des enjeux d’infrastructures et d’aménagement du territoire (à noter ici que ce dernier enjeu rejoint une proposition choc du Syndeac : « Plus aucun lieu, festival, équipement culturel de quelque nature que ce soit ne pourra s’implanter dans un territoire si ne préexiste pas une modalité efficiente de transport collectif »lien).

Cette stratégie devra se décliner à trois échelles :

  • l’échelle européenne, via un travail commun avec les fédérations européennes des acteurs du spectacle,
  • l’échelle nationale, au travers de concertation avec le ministère des Transports et les opérateurs nationaux (à noter ici l’idée de créer une carte SNCF artiste et/ou techniciens permettant voyager avec des instruments),
  • à l’échelle locale, en s’appuyant notamment sur les Comités régionaux des arts du spectacle (Coreps).

Au-delà des constats, propositions et stratégies, ce “Plan d’action commun pour une transformation écologique du spectacle” s’appuie sur une conviction de nature éthique : il fait le choix de « l’apprentissage d’un nouveau modèle de fonctionnement à l’opposé de l’organisation verticale et concurrentielle traditionnelle » du monde du spectacle vivant.


A télécharger
Plan d’action commun pour une transformation écologique du spectacle (janvier 2024)