La culture autrement

Le théâtre, cirque et la danse autrement

Par 3 juillet 2020 Aucun commentaire

La crise sanitaire met les théâtres à l’épreuve de l’invention à la fois de nouvelles formes théâtrales et d’inédites modalités de relation au public. On assiste peut-être aujourd’hui à une réelle implication du théâtre et de la danse – à l’instar d’une mutation depuis longtemps opérée par les musiciens – dans l’univers numérique. Mais aussi dans celui de l’espace public, “au balcon”, sous les fenêtres, dans les rues, les cours et les espaces couverts. Avec en toile de fond la nécessité d’inventer des formats plus légers et plus courts permettant de multiplier les représentations au cours d’une même journée.

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Questionner la forme finie. Le festival La Route du Sirque n’aura pas lieu, mais le directeur du Pôle national cirque de Nexon Nouvelle-Aquitaine, Marin Palisse, et ses équipes ont imaginé un rassemblement public sous la forme d’une exposition pour montrer un travail en cours d’élaboration. « Je souhaite questionner le culte de la forme finie et commercialisable en matière d’art, en privilégiant la recherche » Les gens vont ainsi observer, aller et venir, assister à des ateliers d’artistes, rentrer dans les œuvres, tout cela très librement, sans aucune contrainte d’immobilité. Sans début et sans fin, aussi (source­ : Laboratoire sur la fabrique du spectacle vivant#1, Artcena 17 juin).
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Cheminer à dos d’âne. Pour rencontrer le spectateurs et créer de nouveaux liens, des expérimentations sont lancées depuis le déconfinement : le Groupe ToNNe (collectif de compagnies franc-comtoises) inaugure une tournée qui prend la forme d’un cheminement de village en village à dos d’ânes pour proposer La Conjuration des jardins : des réunions clandestines avec tabourets, des masques et la distanciation physique de rigueur dans un potager privé de Besançon, afin d’enterrer les morts et réveiller les vivants, les Arroseurs en Occitanie font irruption autour d’un piano roulant dans les villes… (source : Laboratoire sur la fabrique du spectacle vivant#1, Artcena 17 juin).
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Les 55 jours de Rouen. La proposition d’organiser 55 jours de spectacles, tous les soirs du 30 juin au 23 août, se réfère à la durée du confinement. Le projet, porté par deux artistes de théâtre – Amélie Chalmey (metteuse en scène) et Angelo Jossec (comédien et metteur en scène) – et financé par les municipalités de la métropole rouennaise, les départements de Seine-Maritime et de l’Eure, la Région Normandie et l’Etat, réunit des équipes de cinq artistes pour des spectacles éphémères, créés dans la journée et présenté en happening le soir même. Se réclamant d’un projet artistique et politique, le manifeste souligne qu’il « ne s’agit plus de s’identifier en tant que compagnie ou artiste isolé, ni même en tant que structure culturelle définie par une ligne de programmation, mais bien en tant que corporation revendiquant le besoin d’agir ensemble ».

Bike-in. Trois sociétés italiennes ont créé une application de drive-in à bicyclette : “Bike-in”. Plus respectueux de l’environnement que le “drive-in”, remis au goût du jour par la crise sanitaire, Bike-in propose d’acheter des billets pour des événement sélectionnés, en réservant un emplacement ou “spot” (un espace limité par des barrières réglables), avec la possibilité d’achat des services supplémentaires : nourriture, boissons, marchandise directement sur place (source : la Lettre de l’OPC, 30/06).

 

Théâtre distancié dans les rues de Paris.  Le metteur en scène Samuel Sené propose, tout l’été, sa pièce C-o-n-t-a-c-t, pour deux comédiens, en déambulation dans différents quartiers de la capitale. Le public suit l’intrigue sur son smartphone où il entend les paroles, les musiques, à l’aide d’une application respectant la distanciation sociale. Au passage, un passant devient figurant malgré lui. Le texte « découle du confinement. Il aborde la difficulté du corps de ne pas pouvoir exprimer ses émotions par des gestes », explique le metteur en scène (source : le Parisien, cité dans la Lettre de l’OPC, 30/06).

Festival digital au Théâtre du Châtelet. Pour réfléchir au monde de demain, le Théâtre du Châtelet, à Paris, organise, du 2 au 12 juillet, le Festival digital “après demain !” aux côtés d’artistes, de chercheurs et d’activistes « pour forger de nouveaux pactes, dans un moment festif, joyeux, généreux et poétique ». Avec des performances inédites, des ateliers créatifs, des conversations “impertinentes”… Plus de 100 événements gratuits et accessibles à tous pour mettre le théâtre en ébullition. « Le festival “Après, demain !” est le point d’orgue de tout ce qui a été déployé en ligne dans le cadre du programme “TchatExtra” (ateliers participatifs, concours de dessin, chœur virtuel, spectacles en streaming, interviews d’artistes) pendant le confinement pour entretenir le lien entre artistes et publics », explique le directeur du théâtre Thomas Lauriot dit Prévost (source : News Tank).

Le Manège de l’été. Reims. La scène nationale Le Manège investit de propositions insolites et covid-compatibles la période estivale. La programmation “Que vive l’été !” mêle expositions, interventions poétiques, projets interactifs en ligne, balades accompagnées, visites nocturnes, fêtes foraines chorégraphiques, résidences… Avec un visite nocturne du Manège organisée par l’équipe du théâtre, une balade botanique pour admirer les plantes sauvages qui poussent dans la ville et un parcours ponctué de danse à la recherche du végétal, un clown funambule. Ou bien, à l’occasion de l’arrêt devant un feu rouge, la lecture d’un panneau-poème, ou encore des courts-métrages sur la danse lors d’une soirée de cinéma en plein air. Plus de renseignements.

Davantage d’équité dans le prix des places de théâtre à la faveur de la crise sanitaire. Supprimer les “1res classes” en vendant tous les billets au tarifs unique de 26€, telle est la décision du directeur de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, une scène parisienne soutenue par l’Etat depuis 1982. « C’est une révolution pour un théâtre à l’italienne comme l’Athénée, mais une révolution absolument nécessaire pour convaincre les spectateurs de nous accompagner dans cette aventure inédite », souligne Patrice Martinet, directeur Autre privilège momentanément suspendu, les invitations. En revanche, le tarif préférentiel pour les jeunes, demandeurs d’emploi et bénéficiaires du RSA est maintenu (source : News Tank). Le site du théâtre présente sa saison sous le slogan “Notre nouvelle saison, exceptionnelle à plus d’un titre, vous invite à oser sans risque”.
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Clins d’œil au MC2 Grenoble. La scène nationale de Grenoble propose des petites formes musicales, littéraires ou chorégraphiques réalisées par des artistes du territoire : pique-niques musicaux, concerts petits formats, déambulations circassiennes, ateliers de danse solo, lectures, etc. Ces moments artistiques gratuits, destinés à un public limité afin de respecter les consignes sanitaires, sont programmées en juin mais, précise le site du MC2, « le programme s’enrichit de jour en jour, alors n’hésitez pas à consulter régulièrement le calendrier en ligne ! »

Théâtre de lectures à Avignon. « Il nous paraît impensable de laisser Avignon muette en juillet. » Tel est le constat du président de l’association Scènes d’Avignon, Serge Barbuscia, qui regroupe les théâtres permanents de la ville : Le Balcon, Les Carmes, Le Chêne Noir, Le Chien qui fume et Les Halles. D’où l’initiative d’un cycle de lectures intitulé “Le souffle d’Avignon” qui proposera du 16 au 23 juillet, dans le cloître Benoît XII du Palais des Pape, quatorze lectures de textes d’auteurs contemporains lus par une cinquantaine de comédiens. Entrée gratuite pour au plus cent personnes. Plus d’informations.

 

La distanciation comme principe esthétique. Le chorégraphe américain John Neumeier a opté pour transformer des exercices conçus au départ comme une reprise du travail des danseurs de l’Opéra de Hambourg après le confinement en spectacle à part entière. Sa pièce, Ghost Light, s’organisera en une série de courts fragments dansés par de petits groupes de danseurs. La création est prévue le 6 septembre à Hambourg (source : News Tank).

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Un autre contact avec le public. Interrogé par Télérama sur son projet culturel pour l’été, le directeur du parc culturel de La Villette (Paris), Didier Fusillier, dévoile quelques éléments de son projet de “plaine artistique”. Avec un principe : au lieu de spectacles, proposer à des petits groupes de personnes (quinze au plus) de croiser au gré de leurs envies, entre 14h et 21h, des artistes au travail. « On n’est plus dans le temps de la représentation mais dans une autre forme de durée et de contact. » Metteurs en scène, comédiens, musiciens, plasticiens sont invités à simplement vivre là leur art, dans une quinzaine de lieux du parc de 50 hectares adaptables aux exigences de la crise sanitaire. A noter qu’un tel projet, prévu en accès libre et donc sans billetterie, ne peut être qu’exceptionnel. Lire l’entretien.

Repenser l’activité théâtrale. Afin de recréer de l’activité et de reconstruire un cercle vertueux de l’économie du spectacle, le Syndicat national des metteurs en scène (SNMS) fait quinze propositions pour adapter l’activité théâtrale au contexte de crise sanitaire, à l’aune d’un calendrier qui concerne les saisons théâtrales jusqu’à 2023. « Conscients des mesures de protection sanitaire sont indispensables à une réouverture des théâtres, nous nous appuyons sur l’histoire des formes théâtrales pour croire qu’il est possible d’y répondre. » Parmi les propositions, plusieurs concernent directement les formats, les lieux scéniques et la relation à un public forcément moins dense mais aussi une réutilisation à d’autres finalités des captations de spectacle  :

  • ouvrir au théâtre des lieux publics qui n’y sont pas destinés : monuments historiques, patrimoniaux, musées, parcs, friches…,
  • développer les présences d’artistes en entreprises et notamment les sociétés aidées par l’Etat, afin qu’elles mettent des lieux à disposition des équipes artistiques ou qu’elles proposent des œuvres artistiques à leurs salariés et aux comités d’entreprises,
  • signer des conventions entre villes et metteurs en scène pour la création d’œuvres théâtrales en “circuit court” avec les territoires, dans un esprit de proximité et de durabilité,
  • mettre en place un plan national de généralisation des captations de spectacles, ainsi que l’archivage numérique des œuvres à destination du monde scolaire et universitaire,
  • missionner des établissements pour pratiquer le théâtre “hors les murs”…

Garder les traces numériques des spectacles. Pour le directeur du Théâtre de Chaillot (théâtre national de la danse), le recours au numérique induit par la période de confinement constitue une occasion pour réfléchir à d’autres manières de faire vivre et valoriser les spectacles, par exemple en inventant « des formats pour en garder trace ou le faire partager à un cercle plus large que le public réuni au moment de sa présentation ». Si, en effet, la musique s’est déjà largement emparée du streaming, le théâtre ou la danse n’ont jusqu’à présent que bien peu eu recours à la diffusion en ligne, avec le risque de coupure avec les plus jeunes qui conjuguent naturellement sorties et visionnages via Internet (source : News Tank).
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Imaginer de nouveaux formats digitaux. Interrogé par News Tank, le directeur du Théâtre Nouvelle Génération à Lyon envisage une profonde évolution numérique de l’art théâtral en utilisant les ressources technologiques non seulement pour le diffusion mais en tant que matériau même de la création artistique. Il en appelle à « des politiques publiques de soutien à la création numérique de formats digitaux et de formes hybrides dans les théâtres qui permettraient d’expérimenter et d’inventer de nouveaux rapports avec les spectateurs ».

 

Théâtre “corona compatible”. Le directeur du théâtre d’Angers Le Quai prévoit un début de saison 2020-2021 “corona-compatibles”, c’est-à-dire adapté à la fois à des jauges réduites et à de fortes contraintes économiques. Parmi les projets de Thomas Jolly, une création non prévue puisant dans les éléments de costumes et de décors en stock, des commandes à des artistes pour des spectacles, en intérieur, ou en extérieur présentés à des petits groupes de spectateurs. D’autres propositions seront données sur les balcons de toute une rue, éventuellement couverte, dans les cours d’immeubles, sous les fenêtres des EHPAD, sur les places des villages, dans les préaux des écoles, les étendues vertes des campus universitaires… Plus d’informations.

Une programmation cachée. Le directeur du théâtre de Vienne (Isère), Michel Belletante, s’adresse à ses spectateurs en promettant une programmation « au grand complet » sur le site Internet du Théâtre, avec notamment les spectacles annulés de mars à mai qui ont pu être reportés. Mais aussi cette promesse : « Pour l’occasion, le théâtre que vous connaissez fera peau neuve et se présentera à vous comme vous ne l’avez jamais vu… Mais chut… l’heure et le jour vous seront communiqués plus tard. » Plus d’informations.