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“Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés…”

Par 23 décembre 2020Aucun commentaire

Jean-Philippe Lefèvre, président de la FNCC, signe l’éditorial de la Lettre d’Echanges n°180 (décembre 2020)

 

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés (…)
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.

On aura reconnu un extrait d’une des fables de la Fontaine publiée en 1678, “Les animaux malades de la peste”.

Quelle année ! 2020 devait être celle de la respiration démocratique propre au renouvellement des conseils municipaux ; ce ne fut que gestion de crise sur gestion de crise. Les nécessaires échanges parfois laborieux qui hier nous pesaient, remplacés par d’interminables séances “zoom”, apparaissent désormais comme la marque d’une époque heureuse parce que tout simplement humaine.

Notre vocabulaire s’est enrichi d’expressions “distanciel”, “présentiel”… Elles illustrent le basculement entre “le temps des cerises” et “les malheurs du temps”. Candidate ou candidat, nous avons rêvé les politiques culturelles de nos collectivités pour l’après mars 2020. Nous avons vu, vécu la machine s’arrêter parfois brusquement. L’été venu, nous avons cru que tout pourrait recommencer. La lumière revenait dans nos yeux. Je crois même avoir entendu des éclats de rire. Je me souviens que nous avons employé le mot “imaginer”.

J’ai traversé cette période en cherchant à tenir au mieux la barre de la FNCC. Témoigner, éclairer, alerter. L’équipe permanente a été de tous les instants. Les membres du Conseil d’administration et du Bureau mobilisés comme jamais, nous avons fait collectif, nous avons fait société.

On ne ressort pas indemne d’une pareille présidence. A l’heure où j’écris ces lignes, je contemple depuis ma fenêtre les toits de la vieille ville de Dole. Il me faut la sérénité des siècles pour que mon esprit enjambe le présent sans être aveugle à la détresse des artistes et des créateurs.

Il y aura un demain ou un après-demain. La très récente étude sur les pratiques culturelles des Français en temps de confinement, montre que plus rien ne sera comme avant. Des tendances lourdes, déjà observées précédemment, se sont amplifiées. Les baby-boomers, derniers remparts aux usages d’hier, propre à la culture patrimoniale, ont basculé dans le digital. Le mandat municipal et intercommunal qui s’ouvre sera celui de la rénovation et de l’imagination ou il ne sera pas. Les Conseils départementaux et régionaux ne pourront pas plus échapper au mouvement. Ce qui semblait acquis est remis en question, ce qui semblait impossible peut devenir une réalité.

Il faut prendre la vague de face et ne pas compter passer entre les gouttes ; se nourrir du grand large plutôt que de fermer sa porte.

A toutes et tous, actrices et acteurs de la culture, je forme pour vous, vos proches, vos familles des voeux afin que 2021 soit une année différente, celle où se serrer les coudes puisque l’on ne peut plus se prendre la main, ne sera pas une expression d’usage mais une marque de fabrique.

Jean-Philippe Lefèvre, président de la FNCC,
conseiller municipal de Dole, vice-président culture du Grand Dole,
conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté

Photo : les toits de la ville de Dole