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Actualités

Intervention du président de la FNCC aux BIS de Nantes

Dans le cadre des « Grands témoins » et sur le thème « Ecrivons l’avenir », Frédéric Hocquard s’est projeté en… 2043

Bonjour à tous et à toutes

Bienvenue à cette 2ème journée de la 20e édition des Bis de Nantes. Nous sommes le 15 janvier 2043, il est 11h15, il fait 25 degrés, ce qui est tout à fait dans la normale pour un mois de janvier à Nantes.

J’espère que vous profitez bien de ces rencontres, que vous appréciez la ville. Avec ce beau temps,  j’imagine que certains d’entre-vous ont dû aller à la plage. Profitez-en, c’est bien pratique avec cette montée des eaux, la mer arrive directement à Saint Herblain.

Je voudrais commencer par excuser le ministre qui aurait du être présent parmi nous. Mais il a été retenu à l’autre bout de la France à cause d’un fait divers. Le ministre de l’Intérieur, du Sport et de la Culture ne pourra donc pas être là. Oui car, comme vous le savez depuis 2024, c’est le locataire de la place Beauvau qui s’occupe des affaires culturelles dans notre pays. C’est désormais plus simple d’avoir un seul interlocuteur pour régler les questions de sécurité et d’autorisations des festivals et des concerts. Je remercie par contre Jack Lang d’être encore là et de rester un fidèle soutien de notre profession.

J’imagine aussi que nombre d’entre vous sont allés hier soir au stade de la Beaujoire, assister au spectacle de théâtre qui s’est joué à la mi-temps de Nantes-PSG. En effet, comme vous le savez, pour des raisons d’économies, de baisse de crédits et de mutualisations des moyens, les pièces de théâtre se jouent maintenant à la mi-temps des matchs de foot. C’était une magnifique mise en scène, même si j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs.  Mais adapter Henri VI en 15 minutes, quel exploit !

J’imagine aussi que vous avez suivi l’actualité et les nouvelles annonces du président de la République en matière de culture. Notamment celle de l’extension du Pass culture. Il va désormais concerner la tranche d’âge 0-3 ans. C’est important que dès la crèche on facilite l’accès à la culture pour les jeunes.

Enfin, la seconde bonne nouvelle c’est l’augmentation de 0,001% du RSANE, le fameux Revenu social d’activité pour les non-essentiels. C’est le système qui a remplacé celui de l’intermittence du spectacle. Il faut dire que ce dernier était quand même un peu compliqué.

Sinon pour le programme d’aujourd’hui, je voulais vous signaler trois rendez-vous importants.

Le premier c’est une formation intitulée « Comment réussir son festival sans public », organisé par Zoom et YouTube. C’est toujours utile, car on sait que ce n’est pas simple à organiser. A signaler que cette rencontre aura lieu dans le bio meta-verse. N’oubliez donc pas de vous connecter.

Ensuite le second c’est une autre formation intitulée « Comment écrire une pièce de théâtre tout en restant un bon patriote ? ». Et c’est organisé par le comité Reconquête pour la promotion d’une culture blanche et masculine.

Mais il y a une troisième rencontre dont je voudrais vous dire ici quelques mots. C’est celle d’un historien qui reviendra sur l’histoire des BIS et notamment sur sa 10e édition.

Sa conférence s’intitule « Comment tout à commencer ? »

La première chose, c’est peut-être qu’on a laissé peu à peu s’effacer la place de la culture dans notre société. On a regretté par exemple qu’à chaque élection présidentielle, elle ne fasse que rarement partie des sujets abordé par les candidats. Et quand des crises sont arrivées, on a fini par la qualifier de « non-essentielle », et de la reléguer derrière d’autres priorités. Pourtant, c’est parce qu’elle est encore un des précieux liens qui tiennent encore entre nos concitoyens qu’elle était et demeure essentielle.

La seconde réponse, c’est qu’il faut qu’on écoute et surtout qu’on entende mieux ce que dit le monde de la culture.  Ecouter les collectivités territoriales qui sont les premières à financer la culture, mais qui aujourd’hui peinent à boucler leur budget. Plutôt qu’une recentralisation, l’Etat devrait retrouver l’esprit de la décentralisation d’une part et de la décentralisation culturelle d’autre part. De la décentralisation en donnant des possibilités de ressources fiscales aux collectivités et de la décentralisation culturelle en les invitant par la coopération à financer ensemble des projets culturels. C’est un manque de positionnement que nombre de territoires, de maires, d’élus à la culture et d’acteurs ne cessent de déplorer. Ecouter les territoires, c’est mettre en place de la coopération culturelle et des outils de codécisions à l’échelle locale comme au niveau national entre tous les acteurs de la filière : les professionnels, la puissance publique, le ministère, les élus, les artistes, les publics… C’est grâce à cet ensemble que notre pays a construit patiemment un service public. Si l’on veut que la culture retrouve au 21e siècle la place qu’elle a tenu à la fin du 20e, il ne faut plus seulement parler de démocratisation culturelle mais de démocratie culturelle.

Ecouter aussi ce qui bouillonne en terme de nouvelles pratiques, de nouvelles esthétique : le métal,  les musiques traditionnelles ou le RnB. Il n’est pas normal, par exemple qu’un jour une ministre de la Culture ait déclaré au monde de la nuit et de l’électro que son ministère de tutelle était celui de l’intérieur.

Ecouter mais surtout entendre.

Entendre qu’il nous faut prendre à bras le corps la bifurcation climatique. Les modifications du climat vont tout balayer sur leur passage et vont nous obliger à des changements de pratique radicaux. Mais nous devrions intégrer plusieurs choses : d’abord la transition climatique ; la sobriété énergétique ne peut se traduire par un eugénisme dans le monde de la culture, elle doit être une mutation. Et comme toute mutation, elle nécessite une mobilisation et des investissements importants. Elle doit être accompagnée. On a bien prévu d’investir des milliards d’euros pour la transition climatique dans le domaine de l’aviation. Pourquoi ne pas en mettre quelques-uns dans celui de la culture ? Le service public de la culture manque aujourd’hui de moyens pour agir.

Ensuite cette transition ne peut se faire sans une mobilisation de l’ensemble du monde de la culture, et particulièrement des artistes. Leurs imaginaires, leurs créativités nous aident à inventer un autre rapport à la planète, à la société de consommation. L’art a toujours été un acteur important des transformations de nos sociétés. Il doit continuer de l’être.

Entendre la question des droits culturels, notion qui a émergé ces dernières années. Et qui divise.

Je ne sais pas où nous en serons de ce débat là en 2043, mais je suis sûr que nous devons sortir des incantations et être capable de le traduire en termes de politique culturelle, par exemple en répondant au besoin de diversité dans la culture. La culture est une projection de ce que nous sommes. C’est donc normal et sain qu’elle soit confrontée aux sujets qui agitent notre société : l’égalité femmes/hommes, les dominations sociales et genrée, les discriminations. L’enjeu du monde de la culture, notre enjeu aujourd’hui, c’est d’être capable d’y répondre et, là aussi, d’effectuer des changements.

Voilà, je crois que mon temps est écoulé, je vais repartir en 2043.

Bonne fin de rencontre et n’oubliez pas, comme disait un auteur de théâtre un peu oublié de nos jours, celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.