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La culture à la croisée des politiques de redynamisation des villes et villages

Par 13 janvier 2020 Aucun commentaire

Comme de nombreuses régions, la Bretagne, avec le soutien de l’Etat, de l’Etablissement public foncier et de la Banque des territoires, ont mis en place un dispositif de soutien à la redynamisation des centres-villes. Après un premier appel à candidatures en 2018 qui a retenu 60 projets, un second en a sélectionné 70. Ils bénéficieront d’une aide globale de 28M€ distribuée à des communes et intercommunalités de toute taille. Un communiqué rend accessible le descriptif de l’intégralité des projets retenus. D’où ce constat : nombre d’entre eux accordent à la dimension culturelle une place notable.

Des décennies d’urbanisme mal contrôlé, de règne sans partage du “tout-voiture”, de multiplication de parkings, d’étalement urbain, de promotion de zones pavillonnaires et d’installation de grandes surfaces en périphérie des villes ont peu à peu contribué à vider les centres-villes et centres-bourgs.

Parallèlement, on assiste aujourd’hui à un désir croissant des Français de s’installer en dehors des grands centres urbains. Le temps est donc venu de créer les conditions d’attractivité des centres-villes. Aux côtés de la création ou réhabilitation de logements sociaux, les arts et la culture ont ici toute leur place. Quelques exemples de projets en Bretagne où la dimension culturelle est fortement convoquée.

Mobilités douces, commerces locaux et cirque. A Sainte-Anne d’Auray, dans le département du Morbihan (2 633 habitants), le projet de revitalisation s’appuie sur la “sociocratie” (définie comme une méthode de gouvernance innovante pour co-construire un projet de centre-ville avec la population) avec pour objectifs la création de logements locatifs sociaux, la valorisation des zones humides, les mobilités douces mais aussi la mise en place d’un “espace multi-fonctionnel” en partenariat avec la Coopérative Equilibres qui propose des formations aux arts du cirque. Dotation : 700 000€.

A Le Saint (606 habitants), également dans le Morbihan, c’est la compagnie de cirque équestre “Panik” qui est convoquée pour une « démarche de marketing territorial autour de la terre du cheval », avec comme finalité sa contribution pour tracer un « destin joyeux » pour son centre-bourg. Une perspective qui passe aussi par le recrutement d’un boulanger, la création d’un tiers-lieu ainsi que d’un local associatif pour la vente de produits locaux. Dotation  : 619 000€.

Le centre-ville de Ploeuc-L’Hermitage, Côtes d’Armor

“Jardin sensoriel”, école de musique et maison des arts. La commune de Plœuc-L’Hermitage (4 055 habitants), dans les Côtes d’Armor, propose un projet global croisant la mise à disposition de véhicules en autopartage, la création de logements sociaux locatifs et celle d’un “jardin sensoriel” ainsi que l’installation d’une école de musique communautaire et d’un lieu d’exposition et de vente pour les artistes locaux. Dotation : 600 000€.

Toujours dans le Morbihan, le centre-bourg de Saint-René de la commune de Hillion (4 097 habitants), qui fait partie de la communauté d’agglomération Saint-Brieuc Armor, accueillera lui aussi un “jardin sensoriel” (et thérapeutique). Par ailleurs, pour favoriser le « bien-être et le bien vivre », la commune réhabilitera un bâtiment pour proposer un commerce et des logements mais aussi pour héberger une maison des arts. Dotation : 500 000€.

Le centre-ville Saint-René à Hillion, Morbihan

Jardins, paysages et cinéma. Lorient (57 567 habitants), ville « en passe de devenir la nouvelle smart city bretonne », associe dans le projet de redynamisation de son centre la valorisation du patrimoine, une présence accrue de la nature en ville (jardins collectifs et jardins mobiles), l’accueil d’entrepreneurs, le développement des mobilités douces, l’installation d’une “couveuse commerciale” et l’enrichissement de la programmation cinématographique en partenariat avec l’association “J’ai vu un documentaire”. Dotation : 500 000€ (à noter que Lorient fait également partie des 222 villes engagées dans le programme Action Cœur de Ville).

En Ille-et-Vilaine, la commune Saint-Georges-de-Reintembault (1 588 habitants) et son agglomération tablent également sur l’attractivité d’un cinéma, le Julien Manoir, pour animer un « centre-bourg participatif et culturel ». Autres éléments du projet : des micro-aménagements paysagers, des habitations installées au cœur des jardins mais aussi l’accueil de résidences artistiques et l’organisation d’expositions de photos. Objectif : « donner un sens nouveau à l’idée d’”habiter un lieu” ». Dotation : 285 000€.

Epicerie, pépiniériste, bibliothèque et chant choral. De nombreux projets retenus misent sur la création d’une bibliothèque ou d’une médiathèque, en lien avec d’autres initiatives.

A Tourc’h (1 027 habitants), dans le Finistère, la création d’une médiathèque “3e lieu” sera à l’origine d’une « maison publique conçue pour devenir la Mairie du 21e siècle » avec des services administratifs, la poste, une épicerie solidaire, un verger citoyen, des haies fruitières et un café crêperie ou encore un espace médical. Dotation : 700 000€.

Dans ce même département, Plumaugat (1 112 habitants) veut à la fois « rompre avec les habitudes expansionnistes d’urbanisation des secteurs ruraux et périurbains », valoriser la nature au sein de son centre-bourg, créer une bibliothèque et rénover la salle socio-culturelle. Dotation : 662 000€.

En Ille-et-Vilaine, Pipriac (3 685 habitants) va inaugurer un “cœur de services” avec un espace socio-culturel comprenant une médiathèque, une salle de spectacle, des locaux associatifs, une Maison de services au public, tout en lançant une stratégie de rénovation de logements vacants et de création de nouveaux commerces. Dotation : 700 000€.

Et la commune de Cancale (5 166 habitants) proposera un nouveau centre composé d’un vaste programme résidentiel avec un pôle culturel et artistique, une médiathèque, une halle gourmande ainsi qu’un musée des arts et des traditions populaires. La ville envisage également de se faire « l’écho du chant choral marin autour d’une ville haute ré-habitée ». Dotation : 1M€.

Patrimoine et écologie. De nombreuses communes, petites et grandes, se saisissent du programme d’aide pour associer une action patrimoniale et une volonté d’ordre environnemental.

En Ille-et Vilaine, Fougères (20 235 habitants) porte conjointement des ambitions sur la transition écologique (mobilités douces, performances énergétiques, continuités écologiques…) et la valorisation de son patrimoine, « atout-clef de la Ville », en particulier de son patrimoine végétal. Dotation : 500 000€.

Dans le Finistère, la petite commune de Commana (1 038 habitants), en lien étroit avec la communauté de communes du Pays de Landivisiau, projette la progression suivante dans son projet : d’abord rénover son patrimoine (pour accueillir une “maison des services” ainsi qu’un gîte rural), puis – « ambition finale » – créer une “maison du lin et du chanvre”. Dotation : 262 000€.

Dans le même département, le village Le Juch (725 habitants), en lien avec la commune voisine de Pouldergat et avec l’intercommunalité, s’engage, en partenariat avec l’Université de Bretagne occidentale (UBO), à valoriser son patrimoine (notamment la colline de son château) et son “chemin d’interprétation” mais aussi à instaurer des jardins partagés et à aménager une peupleraie. Autre dimension du projet : la création d’un “tiers-lieu créatif et numérique” porté par l’initiative “Cour du Juch”, l’un des membres du Réseau des acteurs de l’innovation sociale et des transitions en Bretagne. Dotation : 380 000€.

En Côtes d’Armor, le renforcement du rôle de Dinan dans sa communauté d’agglomération (14 075 habitants) passe par le croisement de la rénovation de l’habitat et de la lutte contre l’habitat vacant via un partenariat développé avec la Fondation du Patrimoine et le développement des mobilités douces, notamment avec une expérimentation de location de vélos à assistance électrique. Dotation : 614 000€.

Une seconde vie culturelle pour le patrimoine. Les ministres de la Culture et de la Cohésion des territoires, Franck Riester et Jacqueline Gourault, ont lancé, le 21 septembre 2019, un appel à projets, piloté par le maire de Deauville, Philippe Augier, afin « d’accompagner les collectivités pour offrir une seconde vie à leur patrimoine laissé vacant » en en faisant un hôtel, un espace culturel, une salle de spectacle, un tiers-lieu… Dix sites seront sélectionnés pour bénéficier d’un fonds d’ingénierie doté de 1M€. Cette logique de réaffectation des sites patrimoniaux, notamment des bâtiments religieux, est d’ores et déjà représentée dans certains des projets de redynamisation des centres retenus par la région Bretagne.

L’ancien presbytère de Pluméliau-Bieuzy, Morbihan

A Pluméliau-Bieuzy (4 415 habitants), dans le Morbihan, en lien avec la communauté de communes, un pôle culturel sera installé dans l’ancien presbytère, aux côtés d’autres initiatives (valorisation de circuits courts, logements sociaux, espace de co-working, Maison des services publics itinérante, parcours d’arts…). Dotation : 700 000€.

Egalement dans le Morbihan, la ville-port Le Palais (2 579 habitants) rénovera la chapelle Saint-Sébastien pour en faire un espace culturel pour la jeunesse. Autres perspectives : une nouvelle place piétonne, la reconfiguration du port et l’ouverture d’un atelier d’artistes. Dotation : 800 000€.

Dans le Finistère, la commune de Loctudy (4 029 habitants), en partenariat avec l’EPCI du Pays de Bigouden sud, rénovera la conserverie Le Gall en musée, engagera un partenariat avec l’école des métiers du spectacle le Klaxon rouge et créera un “circuit d’interprétation de la maritimité”. Le centre-bourg s’ouvrira également à de nouvelles activités : résidence senior, maison médicale, tiers-lieu composé d’une halle, d’un food lab collaboratif et d’un centre culturel… Dotation : 500 000€.

La conserverie Le Gall à Loctudy, Finistère

Dans le département des Côtes d’Armor, Tréguier (2 473 habitants) va rénover un ancien couvent pour accueillir à la fois une école de musique communautaire, une médiathèque mais aussi des logements sociaux. Dotation : 945 000€.

Culture et projet politique global. Ces quelques exemples de projets de revitalisation, dont beaucoup sont le fait d’un partenariat d’une commune avec son EPCI, témoignent d’une tendance nouvelle montrant que la culture n’est plus considérée par les élus locaux comme un “plus” ou un “supplément d’âme”, encore moins comme une variable d’ajustement budgétaire. Une tendance déjà illustrée dans le programme Action Cœur de Ville et qui fait directement écho à l’idée de “Quartiers culturels créatifs” promue par le ministre de la Culture dans ce même cadre.

Sachant, d’une part, que le dynamisme des centres-villes constitue la responsabilité première des maires (un récent sondage CSA montre que pour 92% des Français la modernisation des centres-villes doit être pour les maires un objectif prioritaire) et constatant, d’autre part, l’intrication des initiatives culturelles dans les projets précités, il apparaît nettement que la culture est désormais placée au cœur des politiques locales dans leur globalité. Ce nouvel intérêt pour les arts et la culture se traduira-t-il dans les programmes des prochaines élections municipales ?

Communiqué et liste des projets