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“Portrait culturel” de Cachan

Par 17 novembre 2020Aucun commentaire

Située dans le Val-de-Marne et partie prenante du Grand Paris au sein de l’Etablissement Public Territorial “T12” (24 communes, 680 000 habitants), la ville de Cachan compte 31 000 habitants. Dans ce cadre territorial, deux de ses multiples équipements culturels sont intercommunaux (théâtre, conservatoire), tout en travaillant en étroit partenariat avec la Ville. Pour sa part, la municipalité développe plus particulièrement trois dimensions culturelles : l’accès à la culture pour toutes et tous, la démocratisation et la diversification des pratiques. Laetitia Boutrais entame un premier mandat d’élue profondément marqué par la période du déconfinement et par la crise sanitaire. Une situation exceptionnelle qui, pourtant, a révélé la véritable fonction de la culture : vivre et vivre ensemble.

La nouvelle équipe municipale de Cachan s’inscrit-elle dans la continuité de la précédente ou en rupture ?

Il s’agit d’un changement dans la continuité, avec la même maire. Mais l’équipe a été largement renouvelée, tant pour l’âge des élu.e.s que pour leurs parcours. L’équipe a été investie au départ sur un programme d’Union des forces de gauche avec l’engagement de collectifs citoyens représentant notamment les quartiers populaires. Une approche donc très participative.

La délégation à la culture relève-t-elle pour vous d’un choix ?

C’est mon premier mandat et la délégation à la culture est pour moi très bien venue, non seulement parce que je suis familière de cet univers mais parce que, de plus, il s’agit d’une très belle délégation. Le prisme culturel permet en effet d’aborder la responsabilité politique autrement, de manière transversale et, pour ainsi dire, de faire un “pas de côté”. Nous travaillons en équipe, autour des questions éducatives et aussi avec la personne en charge de la médiation culturelle – ce qui ouvre la possibilité d’adresser des messages aux jeunes, aux enfants –, de la vie associative aussi bien sûr, ainsi que celle en charge des questions mémorielles. Dans la mesure où l’on ne cherche pas à créer de frontière a priori entre le socioculturel et ce que l’on entend par la culture au sens plus institutionnel, la délégation à la culture se place au cœur des principaux enjeux de société et de la démocratie elle-même. Elle permet de les prendre en compte dans leurs diverses dimensions. Elle sert également de médiateur pour des questions de plus en plus centrales comme celle de la transition écologique.

Comment décririez-vous la particularité de votre territoire ?

La principale caractéristique de Cachan tient à sa situation de petite commune (environ 30 000 habitants) située en Petite Couronne parisienne, à deux kilomètres du sud de Paris. Cette extrême proximité marque beaucoup les pratiques culturelles très centrées sur la sortie à Paris. Dès lors, quel doit être notre travail spécifique en tant que municipalité ?

Prenons le cinéma. Les places sont certes moins chères dans notre salle municipale que dans les salles parisiennes, mais son attractivité pâtit forcément de la si riche offre de la capitale. Le centre culturel a donc travaillé sur le rythme des programmations, avec un fort renouvellement des films projetés, mais surtout sur sa nature avec, aux côtés des “grosses sorties”, des films Art & essai.

Tout l’enjeu consiste à trouver ce bon équilibre. Au-delà de la seule diffusion, la salle municipale investit beaucoup dans le lien citoyen, avec des débats, des séances pour les scolaires… Cette ouverture n’est pas nouvelle, mais c’est elle qui a permis de passer ce cap.

La crise sanitaire a été pour cela un moment difficile, beaucoup de producteurs ayant renoncé, en particulier pendant la crise du confinement, à diffuser leurs films en salle.

Quelle est à votre sens la fonction d’une politique culturelle au sein d’un projet politique municipal ?

La culture est une délégation un peu à part. Au-delà des questions du quotidien – qu’elle doit aussi se poser, ne serait-ce que pour préparer la saison culturelle municipale –, elle a affaire à l’imaginaire, à la vie même du lien social. Ce que nous avons proposé cet été en est un bon résumé, car il a fallu préparer l’été alors que beaucoup de familles ne pouvaient pas partir en vacances. Une inégalité de situation qu’il nous revenait de travailler à compenser en développant des liens très étroits avec les associations sportives et culturelles de la ville et avec les artistes cachanais. Donc une double entrée : à la fois soutenir les acteurs culturels, fortement impactés par la crise, en leur proposant d’organiser des ateliers, des expositions, etc., et maintenir le lien social afin que les habitudes d’activités et de sorties culturelles ne se perdent pas. Ce à quoi a contribué notamment la politique de la ville avec le dispositif “Quartiers d’été”.

En fin de compte, après le confinement, la reprise de l’activité culturelle a été celle de la vie elle-même. La ville, en partenariat avec les associations, par exemple, a proposé de nombreux ateliers pour les enfants afin de les amener au plus près du travail des artistes. Il y a également eu des ateliers de danse… La période de confinement a finalement eu cet effet positif de montrer que la culture, ce n’est pas en plus des problématiques du quotidien, mais une nécessité pour la construction du lien social, pour l’ouverture aux autres. Quelque chose de plus profond qu’on aurait pu peut-être le croire.

Quelles sont les principales lignes de force de votre projet culturel ?

Objectif central : l’accès pour tout le monde à toutes les formes d’expression artistique, et ce dès le plus jeune âge, en tâchant de lever les barrières mentales entre cultures savantes et cultures populaires, en particulier grâce à des actions de médiation. Autre ligne de force, le soutien aux artistes cachanais, afin de valoriser la culture à Cachan.

La politique de la municipalité envers les arts plastiques est très développée… Et aussi pour le cinéma.

Cela s’explique en particulier par la présence à Cachan, depuis plus de vingt ans, d’une “cité d’artistes” : une vingtaine d’ateliers/appartements conçus sur le modèle du logement social. Ces artistes se sont mis en lien et participent pleinement à la vie culturelle locale, notamment avec une opération portes ouvertes pour les ateliers. Pour les habitants, c’est LA balade du week-end. “L’Eté culturel” de Cachan, par exemple, a été presque entièrement organisé avec des artistes et associations cachanais.

Quant au cinéma municipal, c’est aussi l’histoire de notre commune et au-delà. Le festival associatif “Ciné Regards Africains”, qui doit se conclure à Cachan, se déploie sur plusieurs communes du Val-de-Marne. Les “Mardis des réalisateurs”, organisés par le cinéma, constituent un vrai repère pour la vie sociale, avec des débats sur des problématiques contemporaines, donc par-delà de la seule cinéphilie. L’année dernière, par exemple, à la suite de la projection des Misérables, trois acteurs sont venus à Cachan. Un autre ciné-débat va être organisé sur le thème des violences faites aux femmes. En parlant des films, les gens parlent aussi d’autre chose…

La notion de droits culturels contribue-elle à la structuration de votre projet ?

Oui. Je parlais précédemment des barrières mentales entre culture “légitime” et cultures populaires… Nous ne voulons pas en rester à la seule prescription culturelle mais aussi aller voir, aller écouter, aller vers…, accompagner, montrer des formes de culture plus populaires et/ou plus intimistes. Il n’existe pas de gens, comme on dit, “éloignés” de la culture. La culture fait partie de la vie de toutes et de tous. Tout le monde a la culture en partage. Mais ce n’est pas forcément évident à prendre en compte : beaucoup de choses ont été écrites sur les politiques de démocratisation culturelle mais bien peu sur ces réalités plus internes à chacun.

Nous ne voulons pas en rester à la seule prescription culturelle mais aussi aller voir, aller écouter, aller vers…, accompagner, montrer des formes de culture plus populaires et/ou plus intimistes. Il n’existe pas de gens, comme on dit, “éloignés” de la culture. Tout le monde a la culture en partage.

Est-il difficile de défendre les financements et les projets culturels au sein de votre conseil municipal ?

La culture constitue un point fort de notre programme politique. Je n’ai donc aucune difficulté à expliquer que la culture, c’est important. Nous travaillons en transversalité et tous les élu.e.s en sont convaincus.

Quels sont les principaux atouts culturels de votre commune ?

La richesse et la diversité de la vie culturelle associative sont essentielles. Quand, par exemple, nous avons proposé, par email, de relayer les projets pour l’opération “Quartiers d’été”, les réponses ont été immédiates et nombreuses. Sur ce dispositif, nous avons été l’une des communes les plus réactives du Territoire. Le fruit d’un long travail.

Nous disposons donc d’un tissu associatif très impliqué mais aussi du travail des centres sociaux dans lesquels la bibliothèque municipale a des annexes où elle développe un important travail d’animation jeune public. Par ailleurs la bibliothèque a finalisé une offre de jeux vidéo qui connaît un vrai succès et contribue en particulier au lien intergénérationnel via des propositions de “rétrogaming”. C’est là une approche très conviviale du jeu vidéo, bien différente de l’isolement qu’on associe le plus souvent à ces pratiques.

L’apport de la direction du Temps Libre (culture, vie associative, loisirs, périscolaire) est également important. Toujours cet été, nous avons dû réagir très vite, sans trop pouvoir développer au mieux la communication. Cela n’a finalement pas été un problème majeur parce que, conditions sanitaires obligent, on ne visait aucunement l’affluence. Tout simplement, lors de leurs promenades, les gens se sont naturellement rapprochés de lieux d’animation culturelle. Simplement, les gens sont descendus de leurs immeubles dans les rues, ou dans le parc où nous avons organisé plusieurs événements, ont vu qu’il y avait des ateliers et s’y sont joints. Nous avions également mis en place une plateforme pour que les habitants puissent s’inscrire en amont. Une vraie ambiance estivale…

L’articulation entre responsabilité communautaire et communale s’avère de plus en plus décisive…

Le lien au Territoire est pour nous essentiel, car il favorise la mise en réseau – cela vaut pour la mutualisation des conservatoires ou encore pour les contrats de ville – et permet aussi de voir comment travaillent les autres communes.

Vous venez d’adhérer à la FNCC. Pourquoi ? Qu’attendez-vous de la Fédération ?

La Fédération est reconnue nationalement, ce qui donne aux collectivités la possibilité de se faire entendre. Plus personnellement, la participation à la FNCC me permet un partage d’expérience entre élu.e.s très intéressant. Et concrètement, les formations sont une bonne manière d’aider les élu.e.s à mettre le pied à l’étrier. Enfin, il y a des aspects de politique culturelle nationale, comme le volet culture du Plan de relance, qu’à l’échelle local on n’a pas toujours les moyens de suivre.

Propos recueillis par Vincent Rouillon