ActualitésEchos des adhérents

Département de l’Aveyron

Par 15 octobre 2020novembre 9th, 2020Aucun commentaire

Christine Presne (à droite) lance le dispositif “C’est mon patrimoine !”

L’Aveyron (près de 300 000 habitants), l’un des plus grands départements de France, est célèbre par ses escarpements, vallées, causses, cours d’eau et torrents. Mais aussi par ses abbayes – Conques et Sylvanès –, le viaduc de Millau, ses richesses archéologiques et ses toits de lauzes. Et bien sûr par le récent musée Soulages à Rodez. Une terre qui mêle nature et culture.

Christine PRESNE, présidente de la Commission de la culture et des grands sites, vice-présidente d’Aveyron-Culture Mission Départementale, expose une politique culturelle qui conjugue les enjeux sociaux et culturels, développant une approche bien particulière, concrète et fructueuse, du principe des droits culturels. Le Conseil départemental développe également une mission d’accompagnement et de dialogue avec l’ensemble des intercommunalités du territoire. Ses liens avec la DRAC Occitanie sont aussi un appui conséquent, notamment pour son service d’archéologie.

Quelles sont les caractéristiques principales du département de l’Aveyron, ses ressources ?

La caractéristique essentielle de ce département très rural, au relief très accidenté, tient à sa variété géographique. De dix kilomètres en dix kilomètres, le paysage change radicalement. C’est là que réside la force première, la beauté de l’Aveyron.

Animation du territoire, ouverture, soutien aux artistes, attractivité, lien social, rayonnement… Quel est le rôle de la culture ?

La culture joue l’ensemble de ces rôles. Dans un département comme le nôtre, le rôle du politique s’avère fondamental, en particulier pour la culture – ce à quoi le président du conseil départemental, Jean-François Galliard, auparavant en charge du mandat que j’assume actuellement, est particulièrement sensible. Notre ambition est d’offrir tant à ceux qui habitent l’Aveyron qu’à ceux qui souhaitent s’y installer les opportunités culturelles indispensables au bien-être.

Quant au rayonnement, nos appuis essentiels sont les trois pôles culturels que sont les abbayes de Conques et de Sylvanès et le musée Soulages qui a reçu 900 000 visiteurs depuis son ouverture en 2014. Nous avons par ailleurs trois musées départementaux : Salles-la-Source, Espalion et Montrozier drainent quelques 18 000 visiteurs annuellement. Il faut compter aussi avec le patrimoine bâti et le patrimoine naturel : qualité du bâti (monuments historiques ou bâti rural), plateau de l’Aubrac, les Grands Causses…

Grange monastique des Bourines

Notre vitalité culturelle dépend également des artistes – d’où le soutien à la création artistique (résidences, aide à la promotion, à la diffusion, à la professionnalisation) – ainsi que des associations et de leurs bénévoles qui assurent dans beaucoup de communes de nombreuses manifestations. Chaque année nous accompagnons plus de 200 initiatives.

A propos du dispositif “Culture et lien social”…

Nous avons souhaité joindre et même marier le social et la culture. Les deux pôles en charges de ces enjeux se coordonnent ainsi chaque année auprès de quatre territoires et à l’échelle des intercommunalités pour porter en commun des initiatives via des appels à projets, avec une enveloppe globale de 50 000€. Aveyron-Culture est l’opérateur désigné par le Conseil départemental pour la mise en œuvre de ce dispositif. Les projets, qui s’articulent autour de toutes les esthétiques, ont pour objet de mobiliser la culture comme outil d’intervention sociale auprès des familles, des personnes âgées isolées ou en établissement, des personnes handicapées. Leur mise en place peut s’avérer difficile, mais l’accueil est formidable ! Et l’initiative se prolonge grâce au collectivités locales.

Ce dispositif a été inauguré, à titre expérimental en 2016. Son succès nous conduit à le prolonger jusqu’en 2021 – date de fin du mandat – afin de toucher l’intégralité du territoire. Le dispositif “Culture et lien social” a un impact extraordinaire en termes de lien entre les habitants, d’ouverture et de plaisir partagé. Là, nous sommes véritablement au cœur de notre métier culturel et de notre mission politique.

Avez-vous senti un basculement dans l’intérêt des élus pour la culture ?

Restitution d’un atelier “Culture et lien social”

Tous les élus, de la plus petite commune aux plus grandes intercommunalités, ont compris tout l’intérêt de la culture, de sa force pour le lien entre les gens et pour l’attractivité de leur territoire. Aujourd’hui ils ont sauté le pas. Et dès lors, l’exercice de mon mandat me rend très heureuse, car j’aime autant les artistes que j’aime les gens qui aiment les artistes.

Comment expliquez-vous ce changement ?

Je ne saurais pas trop dire avec précision, mais il me semble que la plus grande présence de femmes parmi les élu.e.s a tout changé… Une autre écoute peut-être, une nouvelle complémentarité… Plus concrètement, cela tient aussi à l’engagement fort du Département pour le développement de la culture à travers les activités d’Aveyron-culture Mission Départementale, véritable bras armé du Département pour la culture, à tel point que Jean-François Galliard, notre président, a eu la volonté de continuer à la présider. Cette structure compte actuellement 370 adhérents (associations, artistes et collectivités) et fonctionne avec une vingtaine de salariés pour développer plusieurs dispositifs : éducation artistique et culturelle, ingénierie territoriale (construction, soutien aux amateurs et professionnels, animation de réseaux…) et valorisation du patrimoine matériel et immatériel, construction de passerelles entre les territoires ; ici, le Département joue pleinement un rôle d’assemblier, d’abord entre intercommunalités mais aussi avec les communes.

S’il fallait qu’en trois mots je caractérise l’inspiration de notre politique, ce serait : transversalité, proximité et diversité. Et je ne dis plus “la” culture, mais “les” cultures.

Les communes développent souvent une méfiance vis-à-vis de leurs intercommunalités…

En effet, elles peuvent parfois avoir le sentiment d’une sorte de dépossession doublée d’une injonction, car aujourd’hui l’intercommunalité est un peu imposée d’une manière verticale, qui ne part pas toujours d’une volonté émanant du terrain. D’où le succès du travail d’Aveyron-Culture par son soutien en ingénierie en associant les acteurs du territoire pour initier des projets partagés, à la fois sociaux et culturels. Les élu.e.s se sentent concernés et participent.

Est-il difficile de défendre le budget culture au sein de l’assemblée départementale ?

En plus du soutien d’un président très sensibilisé à la culture et au patrimoine, j’ai la chance de partager mon intérêt pour la culture avec les élu.e.s de ma commission. J’ai proposé que nos réunions soient parfois délocalisées, pour qu’on puisse bien voir les réalités. C’est important. Par exemple, la commission de juin s’est tenue à Salles-la-Source, au musée départemental des Mœurs et coutumes, où une opération onéreuse de désinsectisation vient d’être réalisée. Or a priori, sans voir les lieux, on peut estimer que cet argent serait plus utile ailleurs… Etre sur place change la donne. Mais de manière générale, la commission culture est très convaincue, on pourrait presque dire militante, ce qui permet aux projets d’être bien accueillis par le reste de nos collègues.

Au Festival en Bastides dans le village de Labastide L’Evêque

La lecture publique est-elle une priorité ?

Adopté en septembre 2016, le plan départemental de la lecture publique est l’une des priorités du Département. Avec le directeur de la Médiathèque départementale de l’Aveyron, nous avons donc décidé d’aller à la rencontre des élus des EPCI pour leur proposer un accompagnement spécifique à chacun et faciliter la mise en réseau. Le dispositif “Des livres et des bébés” autour de la labellisation “Premières pages” (la lecture pour les tout-petits de 0 à 3 ans), qui marche très, très fort, nous permet, au moyen de conventions triennales, d’amorcer des partenariats constructifs. A mon sens, la lecture publique devrait être déclarée “Grande cause nationale”.

Et le cinéma ?

Peu était fait pour le cinéma. Depuis 2018, le Département a mis en place un fonds de soutien au cinéma pour promouvoir les films et productions de courts-métrages en relation avec l’Aveyron. Nous soutenons aussi le cinéma itinérant.

Deux autres dispositifs nouveaux ont été mis en place : un fonds d’accompagnement pour les musiques actuelles afin de donner un coup de pouce à de jeunes artistes. Et d’autre part, deux dispositifs d’EAC à destination des collégiens, en partenariat avec les territoires : Arts vivants au collège et Arts visuels au collège. Objectif : faire découvrir, au travers d’une action pédagogique, le théâtre et les métiers liés à cet art et aussi familiariser les élèves avec les œuvres et les artistes contemporains.

Il n’est pas si courant qu’un Département se soit doté en propre d’un service d’archéologie…

Notre service d’archéologie (SDA), outre son action d’archéologie préventive, apporte une contribution majeure à l’étude, à la sauvegarde et à la valorisation du riche patrimoine archéologique aveyronnais, dolmens et statues-menhirs. Il s’agit notamment d’une collection de stèles de l’époque protohistorique découvertes sur le site des Touriès, près de Saint-Affrique, par notre service départemental. Des fouilles y sont toujours en cours, avec l’appui de nombreux bénévoles. Nous les exposons dans nos musées. Un travail qui se développe en étroite collaboration avec la DRAC.

Quels sont vos rapports avec la DRAC ?

A l’image de ce qui se passe pour le SDA, le lien est excellent, que ce soit pour le service culturel du Département ou pour Aveyron-Culture. Je tiens à souligner l’intérêt d’avoir un interlocuteur territorial référent par département à notre écoute.

Les principes des droits culturels et de la diversité de la création vous inspirent-ils ?

Oui, ne serait-ce que pour le dispositif “Culture et lien social” où les personnes ciblées ne sont pas mises devant des spectacles, mais en font partie, prennent le pinceau, l’instrument de musique… S’il fallait qu’en trois mots je caractérise l’inspiration de notre politique, ce serait : transversalité, proximité et diversité.

Les politiques culturelles ont souvent beaucoup donné mais peu écouté…

A travers les politiques culturelles que nous menons dans le département de l’Aveyron, nous nous efforçons d’être justement à l’écoute des acteurs culturels. C’est ainsi que sont organisés une journée des programmateurs, des diagnostics culturels de territoire, la coordination et l’animation de réseaux…

A l’issue des restitutions, les artistes disent avoir beaucoup reçu du public. Un échange, irremplaçable. Par exemple, avec le dispositif “Culture et lien social” nous sommes intervenus dans un IME, auprès de jeunes autistes. Il s’agissait de créer un groupe de musique. Certains ont tout de suite adhéré et d’autres, qui n’avaient jamais parlé, ont chanté… Il en va de même dans les EHPAD, pour lesquels je ne parle plus de “résidents” mais d’“habitants” avec lesquels nous avons des choses à nous apporter mutuellement. Et je ne dis plus non plus “la” culture, mais “les” cultures.

Vos attentes vis-à-vis de la Fédération ?

Notre adhésion s’est notamment faite sur les conseils du directeur d’Aveyron-Culture, Vincent Bourgues. Il estime, et je partage ce point de vue, qu’il y a tout à gagner à nous associer à une fédération, lieu de ressources et d’échanges. Et puis, grâce à ses informations, cela permet de suivre l’actualité des politiques culturelles et de profiter d’expériences menées dans d’autres collectivités.

Propos recueillis par Vincent Rouillon