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Le département du Rhône

Par 4 juillet 2019 Aucun commentaire

Terre rurale mais contiguë à Lyon Métropole, les habitants du département du Rhône bénéficient des avantages tant de la ville – avec la présence de nombreux artistes – que de la campagne : la solidarité et l’intensité de la vie associative. Ils sont également au cœur du passé gallo-romain de ce territoire, avec notamment la présence du musée internationalement reconnu de Saint-Romain-en-Gal/Vienne, l’un des plus importants sites archéologiques d’Europe.

Martine Publié, conseillère départementale en charge de la culture, de l’éducation et du tourisme, expose sa conception fédératrice de la mission culturelle d’un département et explique les grands axes de sa politique : la musique, la lecture publique et le patrimoine.

Qu’est-ce qui caractérise le département du Rhône ?

A la suite de la loi NOTRe, le département a été séparé de la part de son territoire correspondant à celui de Lyon Métropole. Essentiellement rural ou, si l’on prend en compte la proximité de Lyon, périurbain, il compte 440 000 habitants, avec trois villes moyennes et 210 communes plus petites.

Comment concevez-vous le rôle de la culture ?

Nous avons choisi de mettre en place un schéma culturel départemental. Il constitue le fil conducteur de notre politique : être un fédérateur d’actions équitablement réparties sur l’ensemble du territoire, jusqu’au plus petit village, pour toutes et tous et à tous les âges de la vie.

On parle souvent du rôle “d’assemblier” des départements…

Dans le département, certaines communautés de communes ont pris la compétence culturelle, d’autres non, ce qui n’exclut pas de leur part un engagement dans ce domaine. Pour mettre en place un maillage culturel qui n’oublie personne, nous proposons à chacune d’entre-elles l’établissement d’une convention, avec un accompagnement financier. Dans ce cadre, le conseil départemental choisit une ou deux actions à aider.

Médiathèque départementale

Les EPCI vous soumettent-elles un projet ?

Nous connaissons très bien le territoire, chaque communauté de communes et savons qu’ici l’initiative importante est un festival, là une structure porteuse ou un travail particulier avec les écoles… On flèche nos aides en conséquence en apportant le soutien financier en fonction de la plus grande visibilité ou de la plus forte capacité d’innovation des différents projets.

Quels sont les principaux axes de votre politique ?

Il y en a deux. Le premier concerne la musique, ce que traduit une hausse de 12% de notre soutien aux 57 écoles de musique du territoire pour un total de 1M€, ce qui est conséquent. Pour ma part, j’ai modifié les critères d’éligibilité à cette aide : un public essentiellement composé de jeunes de moins de 18 ans mais aussi d’adultes, à condition qu’ils aient une pratique collective. Pour le dire un peu caricaturalement, nous ne souhaitons pas soutenir un adulte qui prend des cours de piano pour en jouer dans son salon… Cette politique porte ses fruits puisque aujourd’hui 8 000 personnes apprennent la musique dans ces écoles, soit 10% de plus qu’en 2017.

L’autre versant de notre action en faveur des écoles de musique consiste à les aider à se regrouper par secteurs afin de réaliser deux objectifs : d’une part, mutualiser les professeurs, ce qui leur garantit un emploi viable et permet d’empêcher qu’ils quittent le territoire pour aller vers de grandes villes ; et d’autre part, fédérer la lourde tâche d’établir les fiches de paie qui pèse sur les présidents de ces petites structures associatives. C’est le principe du groupement d’employeurs (d’autres modalités peuvent exister) afin de soulager le monde associatif.

Les enjeux culturels sont transversaux. Faites-vous un lien entre la compétence sociale (obligatoire) et la compétence culture ?

Une troisième initiative, initiée en 2018, va également dans le sens d’une action fédératrice : inciter à des regroupements pour former un chœur et un orchestre départementaux. Et ici, le but n’est pas tant l’apprentissage de la musique que la rencontre entre les citoyens, la convivialité. Plus de 62 communes participent à ces formations musicales, avec des personnes venues de tous horizons et de tous âges.

En effet, la principale mission des départements est la solidarité. Une notion capitale et très concrète en milieu rural, par exemple au travers des fêtes de village. On la retrouve sur le terrain culturel grâce à un très riche tissu associatif que fait vivre un grand nombre de bénévoles. Mais cela n’exclut pas l’exigence de qualité, notamment grâce au travail fédérateur du Conservatoire à rayonnement régional de Villefranche-sur-Saône et à l’expertise qu’il apporte.

Je me nourris du territoire, car le rôle d’un département consiste à fédérer les initiatives qui s’y développent.

La culture est dans notre ADN : le dynamisme du monde associatif, le lien intergénérationnel et la qualité artistique, grâce à des professeurs et des créateurs qui ont envie de s’installer ici, en milieu rural mais à grande proximité d’une métropole. Cette présence est le secret de l’excellence culturelle – une chance inouïe !

Y a-t-il une tradition de fanfares et d’harmonies ?

Oui. Dans certaines communes, ce sont elles qui permettent de financer les écoles de musique. Afin de soutenir ces pratiques, j’accorde un bonus financier aux ensembles qui se produisent dans nos cérémonies mémorielles ou pour des fêtes. Cette implication quotidienne contribue aussi à ce que les communes les soutiennent.

Le deuxième axe de votre politique ?

La lecture publique, compétence obligatoire pour les départements. Le Rhône compte 156 médiathèques pour 210 municipalités, soit presque une bibliothèque par commune. Elles sont accompagnées par la Médiathèque départementale avec deux points de desserte, l’un au Nord l’autre au Sud du territoire, pour les fournir en collections (livres, films, disques). Parmi cette offre, il faut souligner l’accès gratuit pour chaque inscrit à une bibliothèque à un “pacquage” numérique permettant d’accéder à des films, des opéras et à un logiciel d’apprentissage de l’anglais…

La médiathèque départementale accompagne aussi les communes qui veulent construire, agrandir ou rénover leur équipement de lecture publique. Elle propose également des formations gratuites aux bibliothécaires. Par ailleurs, le conseil départemental réunit une fois par an les responsables de toutes les bibliothèques pour mettre en valeur et en partage des initiatives particulièrement réussies et innovantes, par exemple celle d’un petit village ouverte 55 heures par semaine : c’est tout simplement l’amplitude des horaires d’ouverture de l’épicerie à laquelle elle a été accolée.

A noter enfin que le deuxième pôle de la Médiathèque départementale sera inauguré à Chaponost fin juin par le ministre de la Culture.

Votre relation avec la DRAC est-elle étroite ?

Nos rapports sont très fréquents. La DRAC nous accompagne en investissement mais également en conseil. Nous avons ainsi recours de manière quasi quotidienne à son expertise pour le musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal/Vienne, labellisé “musée de France”. L’accompagnement de la DRAC concerne notamment la muséographie et les notions nouvelles liées à l’idée de méditation : comment peut-on modifier la perception du musée qu’ont les visiteurs ? Que vient-on y chercher ? Qu’en retire-t-on ? Etc.

Au musée Saint-Romain en Gal/Vienne ©Patrick Ageneau

Quelle place tient ce musée remarquable dans votre action ?

Le musée, qui reçoit plus de 80 000 visiteurs par an, est situé sur un terrain très riche en fouilles et où beaucoup de trésors gallo-romains – la période historique exclusive à laquelle il est dédié – restent à découvrir, en particulier des mosaïques. D’où la présence d’un atelier de restauration reconnu internationalement.

Le musée organise deux temps forts. D’abord des “Journées gallo-romaines”, en juin (8 000 à 10 000 visiteurs sur un week-end), où tout le monde peut venir rencontrer des reconstituteurs venus du monde entier et notamment une équipe de chercheurs du CNRS – des gens passionnés qui ont reconstitué une “roue à eau” l’année dernière. Ce temps se caractérise par l’extrême rigueur scientifique avec laquelle sont présentés les vestiges. Ces Journées sont précédées d’un temps réservé aux collégiens de 6e (la période gallo-romaine est au programme de cette classe). Plus de 1 200 y participent.

Autre temps fort, en septembre, Les Vinalia, une fête de vendanges romaines dans un vignoble composé de cépages anciens, avec un pressoir reconstitué à l’antique et des dégustations d’une cuvée de vin romain. En Rhône-Alpes, le vin représente un enjeu important et Les Vinalia un temps très fort que nous allons amplifier dans le Beaujolais, une terre labellisée “Geopark Unesco” [patrimoine géologique].

Et en matière de patrimoine ?

Sur le patrimoine, essentiellement le “petit patrimoine”, nous travaillons avec la Fondation de France autour du financement participatif mais aussi avec le Club de mécènes du Rhône avec lequel, étant entrepreneure, je parle le même langage. C’est du gagnant-gagnant, car les sociétés s’intègrent sur le territoire et le mécénat culturel donne du sens à leur action. On remarque en effet que les jeunes cadres sont de plus en plus sensibles à la dimension du sens.

L’un des beaux exemples de ce soutien au patrimoine est la restauration de l’Aqueduc de la commune de Chaponost. Ce chantier a reçu la visite du ministre de la Culture et de Stéphane Bern (avant qu’il soit investi d’une mission nationale). L’opération a bénéficié du Loto patrimoine : un peu d’argent mais surtout l’effet levier d’une forte mise en visibilité.

La FNCC parle de la nécessité de “territorialiser” les politiques culturelles. Est-ce votre approche ?

Absolument. Pour ma part, je me nourris du territoire, car le rôle d’un département consiste à fédérer les initiatives qui s’y développent. Je vais d’ailleurs lancer un “Trophée de la culture Rhône” et un label “Made in Rhône” afin de soutenir ce qui se fait ici.

Le principe des droits culturels inspire-t-il votre politique ?

Nous développons une démarche de cette nature au musée gallo-romain autour d’un projet initié par la Croix Rouge. Il s’agit de s’appuyer sur des jeunes de quartier dits “difficiles” et de les former pour qu’ils puissent faire visiter par eux-mêmes le musée. Ensuite, on privatise le musée et ces jeunes guident d’autres jeunes visiteurs. De manière plus générale, je ne veux pas qu’on impose une culture unique, univoque. Nous avons un immense travail à mener pour nous adresser aux publics les plus éloignés de “la” culture, en reconnaissant la leur et en contribuant ainsi à lutter contre la peur que peut inspirer le monde culturel.

Qu’attendez-vous de la FNCC ?

J’en attends beaucoup de choses… J’ai d’abord été élue au tourisme. Cela m’a pris deux ans pour maîtriser les dossiers culturels. J’ai besoin de me nourrir des grandes orientations nationales, d’échanger, de savoir ce qui se fait ailleurs et de mieux se connaître entre élus en charge de la culture.

Propos recueillis par Vincent Rouillon