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Marcq-en-Baroeul

Par 9 mai 2019 juin 14th, 2019 Aucun commentaire

Située au cœur de la Métropole européenne de Lille (MEL), entre Lille, Roubaix et Tourcoing, Marcq-en-Barœul (40 000 habitants) est la neuvième ville du département du Nord, le plus peuplé de France et l’une des plus importantes villes des Hauts-de-France. Connue notamment pour son vaste hippodrome – 30 hectares de verdure – propriété de la mairie depuis 1990, la commune est riche de nombreuses entreprises et sièges sociaux. Parfois qualifiée de “Neuilly lillois”, elle est aussi composée de quartiers moins favorisés – donc une réelle mixité sociale.
Sophie ROCHER, 1re adjointe en charge de la culture et de la communication mais aussi conseillère métropolitaine de la MEL et conseillère régionale des Hauts-de-France, décrit une politique culturelle, quasi intégralement gérée en régie directe, mise au service tant de l’accès de la culture pour tous que du développement économique et de la revitalisation des quartiers.

Quelles sont les particularités de Marcq-en-Barœul ?

L’une des particularités de la commune de Marcq-en-Barœul tient à sa très grande étendue, avec deux-tiers de territoire urbain et un tiers de terres agricoles. Une autre vient de son excellence sur le plan éducatif. La Région l’a choisie pour accueillir son établissement international public, l’un des trois de France, qui ouvrira ses premières classes en septembre prochain. L’établissement privé de Marcq-en-Barœul, Marcq Institution, les quatre autres lycées et collèges publics jouissent également d’une très grande réputation, tout comme l’Ecole bilingue Jeanine Manuel, seule succursale de l’établissement parisien.

Il est rare que le premier maire-adjoint soit en charge de la culture… Quel est à vos yeux l’apport essentiel de la culture sur votre territoire ?
En plus d’être élue à la culture, je suis également en charge, aux côtés du maire, de la coordination des politiques publiques. Nous formons l’un et l’autre un binôme très soudé, avec une même conviction : la culture, vecteur de convivialité et de respect mutuel, porte l’âme d’une ville. Mais c’est aussi un atout économique. Historiquement, la ville a toujours eu une politique économique très active, car de nombreuses grandes entreprises y sont installées, notamment le groupe Holder (boulangeries Paul), le leader mondial de la levure (groupe Lesaffre), des banques… Le célèbre Carambar y a été créé et il est toujours fabriqué ici !

Plusieurs exemples montrent clairement le rôle de locomotive économique et de développement urbain de la culture. Dès 1909, un grand axe de liaison, le “Grand Boulevard”, a relié Lille à Tourcoing et Roubaix. Il passe par Marcq-en-Barœul qui en est son centre et c’est autour de lui que s’est construite la Métropole lilloise. C’est une artère très recherchée pour les bureaux.

Nous avons réalisé, voilà 10 ans, une médiathèque en reconvertissant une ancienne usine textile. 10 000 personnes y sont inscrites, un taux de fréquentation rare. Ce lieu magique, avec une grainothèque, des conférences, des animations, a entraîné la redynamisation du quartier : la réhabilitation d’une ancienne forge à proximité accueille aujourd’hui, après un appel à candidature lancé par la mairie, une remarquable librairie indépendante.

La Médiathèque de Marcq-en-Baroeul

Comment a-t-il été possible d’aider cette librairie ?

Nous sommes possesseurs des murs. La municipalité a toujours géré ses budgets de manière très rigoureuse, ce qui nous autorise une politique foncière ambitieuse et permet de préparer l’avenir. Nous possédons aussi un grand espace de 15 hectares où nous avons réalisé, sur une partie, un parc familial avec des animaux, des jeux… Le principe est toujours le même : réhabiliter, animer et ainsi créer un écosystème – une ambiance – grâce à la culture et l’animation. Ailleurs, nous sommes actuellement en train de réaménager une ancienne école. Elle deviendra un espace d’exposition auquel s’ajoutera un jardin d’hiver, dans le style du jardin Majorelle de Marrakech, couvert d’une verrière. Hier, nous avons réuni un atelier créatif avec des habitants pour imaginer quelles fonctions donner à ce nouvel espace dans la perspective de l’année 2020, où la Métropole lilloise sera la capitale mondiale du Design après Mexico. Et déjà les commerces anticipent avec l’arrivée de boutiques, de bars branchés…

Un autre grand projet est lié au cinéma, dans un quartier populaire. Nous gérions auparavant une salle à un écran. Elle fonctionnait très bien, attirant 50 000 spectateurs par an. Mais le mono-écran a ses limites. Des travaux sont en cours pour en construire un autre, avec trois salles qui fonctionneront comme un cinéma commercial tout en maintenant l’accueil, le matin, des scolaires (élémentaire, collège, lycée). Ce sera un pôle culturel avec, outre le cinéma classé art & essai (pour lequel nous continuerons une politique tarifaire très attractive), une brasserie, une salle pluridisciplinaire pour les associations et un studio de répétition pour les orchestres. Là encore les restaurants anticipent, sachant qu’ils y bénéficieront d’une importante clientèle. C’est un quartier où la population s’est fortement rajeunie.

La crise dite des “gilets jaunes” ne montre-t-elle pas aussi une fracture culturelle, en plus de la fracture territoriale et sociale ?

Je suis bien sûr consciente que certaines personnes se sentent en dehors de la société, d’où notre effort pour la réhabilitation des quartiers. Ainsi, dans un autre quartier classé en géographie prioritaire de la Ville, s’installera “Cuisine Mode d’emploi” une école formant des demandeurs d’emploi aux métiers de la restauration, du service en salle et de la boulangerie, emplois très demandés. Cette initiative, lancée par le célèbre Chef cuisinier Thierry Marx, créera un vrai lieu d’espoir et d’avenir pour certains dans un contexte il est vrai favorable, car Marcq-en-Baroeul a toujours porté une attention particulière au “vivre ensemble” avec une politique culturelle qui n’est pas refermée sur elle-même mais au contraire au service d’autres objectifs tels que la lutte contre l’exclusion sociale, pour l’animation des quartiers et le respect de la diversité.

Concert des élèves du Conservatoire de Marcq-en-Baroeul (© Franck Maquet)

La culture constitue à cet égard un extraordinaire médiateur social. Nous avons, par exemple, consacré tout un mois à la question de l’égalité femme/homme au travers de pièces de théâtre, de films, de conférences. Mais la fracture culturelle m’apparaît de manière plus sensible à l’échelle de la Région et dans les territoires ruraux que dans ma ville. On craint que les métropoles n’accaparent toute la richesse, en particulier du point de vue culturel. Mais il existe des réponses ; ainsi, sur la métropole, nous avons mis en place le programme “Belles Sorties” pour lequel des grands opérateurs – l’Opéra de Lille, l’Orchestre national de Lille… – donnent des spectacles dans les petites communes rurales.

Quels sont les principaux axes de votre politique culturelle ?

Notre politique culturelle ne suit aucun axe particulier. Elle est totalement transversale et veut favoriser toutes les pratiques imaginables pour répondre aux attentes mais aussi pour faire découvrir ce que les gens ne découvriraient pas d’eux-mêmes. Cela étant, l’un de nos choix consiste à ne pas investir dans les grandes salles de spectacle. Nous disposons d’un espace de 400 places (ancienne salle de sport réhabilitée) dont nous assurons la programmation. Un agent en est en charge à la mairie. Nous mettons aussi cet espace à disposition, gratuitement, pour des résidences d’artistes, tout comme notre petit théâtre de la Rianderie (90 places). Il sert notamment à la Ligue d’improvisation professionnelle de Marcq-en-Barœul, qui connaît un très grand succès. Par ailleurs, nous rendrons l’actuel cinéma, le Colisée Lumière, à sa vocation première de théâtre, avec presque 300 places. Nous sommes dans une métropole où l’offre culturelle est de grande qualité et nous jouons sur la complémentarité.

Adossez-vous votre politique culturelle au tissu associatif ?

Non. Exceptée pour ce qui est de l’association historique “Jazz en Or” que nous accueillons depuis qu’elle a quitté Tourcoing et qui est un partenaire privilégié, notamment pour les petits concerts de proximité que j’ai mis en place, il y a quelques années dans chaque quartier de la ville. “Music’ à ma porte”, tel est le nom de ce dispositif, permet de programmer tout au long de l’année des concerts de qualité gratuits dans des lieux où l’on n’a pas forcément l’habitude d’entendre de la musique mais qui sont très fréquentés par les habitants (parcs, églises, médiathèque, maisons de quartier…). Il faut préciser que la municipalité consacre 10% de son budget à la culture.

Autre exception, un travail avec l’Orchestre national de Lille pour former des jeunes à la pratique instrumentale. Neuf communes y participent et Marcq-en-Barœul a pu y placer cinq élèves. C’est un dispositif extraordinaire. Les instruments sont prêtés et les jeunes reprennent confiance en eux en apprenant la musique sans solfège et en jouant en orchestre. Au bout de trois ans, ils seront accueillis dans notre conservatoire. Il est important de les suivre…

Est-ce difficile de défendre les budgets culturels au conseil municipal ?

Aucunement, il me faut simplement défendre mes dossiers comme les autres adjoints et nous partageons beaucoup nos points de vue pour faire avancer collectivement notre Ville.

Vous êtes également conseillère métropolitaine. Quels sont les rapports, du point de vue culturel, entre Marcq-en-Barœul et la MEL ?

Je préside la commission Rayonnement de la Métropole et je siège au sein de son homologue à la Région ; je suis aussi présente à de nombreux conseils d’administration. C’est ainsi que je crée du lien entre les deux institutions et défends bien sûr mes propres dossiers marcquois.

Vous êtes aussi conseillère régionale : quel lien avec la Région et avec la DRAC ?

En tant que conseillère métropolitaine et régionale, je suis évidemment en contact avec la DRAC qui est notamment très présente dans les dossiers de lecture publique. Nous avons ainsi pu bénéficier de son soutien dans la mise en place d’une boîte de retour (24h/24h) et de la RFID [système pour faciliter la gestion des prêts et retours des documents] à la médiathèque. Elle finance aussi l’extension des horaires d’ouverture au public. Mais comme la DRAC fonctionne essentiellement avec des équipements labellisés et qu’il n’y en a pas dans la ville, les liens ne sont, au final, pas très fréquents.

Le partage des émotions favorise l’acceptation de l’autre et engage à réaliser des choses ensemble, et c’est ce que je m’efforce de promouvoir dans tous mes mandats.

On se réfère de plus en plus à de nouveaux “paradigmes : droits culturels, participation, dialogue interculturel, promotion de la diversité de la création… Ces notions inspirent-elles votre politique culturelle ?

Pour les droits culturels, cela dépend en quel sens on entend cette notion. S’il s’agit de promouvoir l’accès de tous à la culture et de soutenir les pratiques en amateur, oui. Mais le terme de “droit” ne me convainc pas. Pour ce qui est de la participation, nous essayons en effet d’associer les habitants autant que possible. Plutôt que de “plaquer nos idées”, je préfère de loin dialoguer pour répondre aux attentes. Dans ce même sens, j’estime que, quand on propose des activités culturelles, cela doit être pour tous les enfants et qu’il faut donc mettre en place une politique tarifaire en fonction des revenus des familles. Tous nos équipements culturels, conservatoires, ateliers de pratiques artistiques, théâtres, écoles… répondent à cet objectif.
Nous participons aussi aux nombreux événements de la grande manifestation populaire Lille 3000, par exemple en faisant venir dans nos quartiers populaires le MuMo – musée mobile – et nous emmenons aussi les parents et enfants voir des expositions organisées dans ce cadre. Je fais également partie du Conseil d’administration du Louvre-Lens : le travail de ce musée à destination des enfants est proprement génial !

De manière générale, le partage des émotions favorise l’acceptation de l’autre et engage à réaliser des choses ensemble, et c’est ce que je m’efforce de promouvoir dans tous mes mandats.

La FNCC défend la “territorialisation” des politiques culturelles : la prise en compte de l’existant sur le territoire plutôt que l’imposition d’un modèle. Cette nouvelle approche de la décentralisation vous paraît-elle pertinente ?

Je partage entièrement cette notion de “territorialisation” : pas de modèle imposé et défendre mordicus les initiatives des territoires.

Vous venez d’adhérer à la FNCC. Qu’attendez-vous de la Fédération ?

Ce que je souhaite ? Le partage des expériences, la découverte de pratiques culturelles innovantes et la discussion avec des collègues. Je suis toujours à l’affût de ce qui fonctionne bien. La FNCC est le bon endroit pour le benchmarking culturel.

Propos recueillis par Vincent Rouillon