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La galaxie des résidences d’artistes

Par 24 février 2020 Aucun commentaire

Parmi les principaux outils qu’a construit l’Etat pour mettre en œuvre ses politiques culturelles – labels (scènes nationales, conventionnées…), contrats locaux de lecture publique ou d’éducation artistique et culturelle, aides à la structuration des compagnies, etc. –, l’un des plus souples est la résidence d’artiste. C’est aussi celui le plus difficile à appréhender tant ses formes varient. D’où le lancement, en avril 2018, d’une mission d’étude par la Direction générale de la création artistique. Un volumineux rapport de plus de 400 pages sera remis un an plus tard : “La résidence d’artiste, un outil inventif au service des politiques publiques”. Quelques principes, perspectives, suivis d’un florilège d’exemples de résidences d’artistes.

Il n’aura fallu pas moins de cinq inspecteurs et inspectrices de la création artistique pour venir à bout du foisonnement des initiatives de résidences d’artistes et pour en extraire vingt préconisations visant envisageant un éventuel “Plan Résidence” dont deux concernent directement les collectivités, souvent très impliquées dans cette modalité de l’action culturelle : d’une part, mieux articuler les dispositifs existant autour des résidences entre l’Etat et les collectivités territoriales en renforçant la concertation entre les services et, d’autre part, augmenter les crédits déconcentrés en fonctionnement non pré affectés pour laisser davantage de liberté d’intervention aux DRAC.

L’une des caractéristiques des résidences d’artistes est en effet que, malgré l’existence d’un certain nombre de circulaires et de textes-cadres, elles sont sans doute l’un des outils du ministère le moins rigide, le plus “territorialisé” ou “différencié”, capable de s’adapter aux spécificités des territoires. Elles restent cependant un moyen d’action pour lequel les budgets disponibles des DRAC sont, dans le domaine du spectacle vivant, parmi les plus modestes.

Les multiples avantages de la résidence d’artiste. « Champ de liberté, objet de co-construction, force de partenariat, vecteur de liens sur le territoire avec les entreprises, les populations, mais aussi les jeunes en milieu scolaire, grâce à la permanence qu’elles instaurent », telles sont, selon l’étude, les qualités principales de la résidence d’artiste.

Il y en a encore bien d’autres : un moyen pour favoriser l’émergence artistique, pour accompagner les professionnels, pour croiser les esthétiques et les équipes et ainsi conforter la diversité de la création artistique. Les résidences d’artistes, « véritable couteau suisse » de l’action culturelle, servent à la fois les territoires (aménagement culturel et développement local), les structures (développement de la ressource artistique), les artistes et de nombreux publics (élèves, étudiants, amateurs, salariés d’une entreprise, artistes, populations d’un territoire…).

Des politiques culturelles itinérantes… Pour ainsi dire, à l’instar des compagnies itinérantes qui sont en mesure d’irriguer tous les territoires, notamment ceux sous-dotés en équipements culturels, de même le principe des résidences d’artistes agit à la manière d’une politique culturelle itinérante : intervenir dans le temps long à tel ou tel endroit, dans une scène de diffusion, avec un festival, au sein des écoles ou simplement dans une ville ou une campagne quelle qu’elle soit, notamment via des résidences “de participation“.

Enfin, souvent développées par des structures dites “tiers-lieux”, elles favorisent une itinérance esthétique en proposant des rencontres entre disciplines artistiques et entre les arts et l’invention technologique.

… en phase avec les nouveaux enjeux culturels… Par ailleurs, la liberté d’action mais aussi la réactivité et « l’adaptabilité opératoire » que permettent les résidences, contribuent à la prise en compte des nouveaux enjeux que sont le respect des droits culturels, la correction des inégalités territoriales, la généralisation de l’EAC ou encore la reconnaissance du tiers-secteur.

… et territorialisées. Autre avantage encore, elles répondent déjà à cet appel de la FNCC à permettre davantage aux DRAC d’effectuer des “pas de côté” par rapport au cadre stricte des labellisations et conventionnements : « Les DRAC ont développé des stratégies de soutien aux résidences dans les réseaux labellisés, mais aussi et surtout hors de ces réseaux, dans une logique souvent partenariale, voire partagée, avec les collectivités territoriales. »


Florilège de résidences

La résidence est « un instrument concerté d’animation du territoire » qui, de fait, « par sa souplesse et son caractère peu onéreux, fait florès ». C’est précisément son remarquable florilège d’exemples de résidences d’artistes qui donne à l’étude sa force de conviction, avec en filigrane, cette conclusion : avec les résidences telles qu’elles ont été déployées et tel qu’il conviendrait de les développer plus encore, les politiques culturelles en France, tant nationales que locales, disposent d’un outil efficace qui a fait ses preuves. Mais, très complexe et divers – ce dont témoignent les quelques exemples ci-contre –, il reste encore trop confusément identifié.

Résidence transdisciplinaire. La plateforme de production “Chroniques” fait appel aux artistes émergents de la Région Sud pour la production d’œuvres originales dans le cadre de son appel à projets “création transdisciplinaire émergente régionale”. Cette ambition passe par un programme de résidences dans le cadre du Festival Chroniques et s’appuie sur sa plateforme de production régionale auxquelles participent notamment les écoles d’art et le Fonds d’art contemporain régional (FRAC) PACA.

 

 

Résidence numérique. La scène nationale Lux, à Valence (Drôme), a mis en place une “Classe culturelle numérique” avec des e-résidences de création en ligne d’artistes (photographes, graphistes, illustrateurs) travaillant avec une dizaine de classes d’établissements différents. Les artistes, les élèves et les enseignants peuvent échanger sur une plateforme en ligne.

 

 

Résidence immersive. Le collectif KMK a mené une résidence de trois ans dans un quartier d’Angers avec le Centre national des arts de la rue et de l’espace public (CNAREP) pour la de réalisation de “Ailleurs à Monplaisir” : des parcours de promenades réalisés à partir du vécu et de l’expérience des habitants, dessinant ainsi des nouvelles cartographies du territoire dont les tracés sont ensuite laissés au libre usage des habitants.

 

Résidence de cirque. Ouvert en 2012, le Centre d’innovation et de recherche circassien à Auch est équipé d’un grand chapiteau permanent (680 places), d’un terrain dédié à l’accueil de chapiteaux itinérants, d’une grande salle de répétition ainsi que d’un lieu d’hébergement pour une quarantaine de personnes. Il a fait de la ville, célèbre pour son festival Circa, un « projet emblématique de l’évolution des espaces dédiés au cirque » vers le développement de résidence : une trentaine sont accueillies chaque année pendant deux à trois semaines.

 

 

Résidence de théâtre de rue. La Brigade du Théâtre de l’Unité, basée à Audincourt (Doubs), est constituée de personnes ayant été confrontées à un même passé sociétal difficile (chômage, par exemple). Des expériences qu’elles rejouent dans l’espace public. Le travail de la compagnie consiste à collecter, orchestrer et théâtraliser le matériau brut de ces expériences humaines pour en faire un récit communautaire. La dimension participative est au cœur des réalisations.

 

 

Résidence marionnettes. Le Tas de Sable/compagnie Ches Panses Vertes (Amiens), Centre de la marionnette en Hauts-de-France, illustre « comment l’accueil en résidence a impulsé le cheminement d’une équipe artistique vers la structuration d’un lieu pérenne » organisé sur le principe de la rencontre. La résidence en est le principal outil. Exemple : une “super résidence” partagée et pluridisciplinaire avec le Théâtre des Doms (scènes contemporaines de Wallonie et de Bruxelles) et le Bureau d’inventions culturelles à Avignon Surikat Production.

 

Résidence pluridisciplinaire en Terres australes. Le FRAC de la Réunion organise, tous les deux ans, des résidences hors les murs intitulées “L’Atelier des ailleurs”. Principe : offrir à des créateurs de toutes disciplines la possibilité de résider plusieurs mois dans les Terres australes françaises (îles Crozet, Kerguelen ou Amsterdam) afin de produire une réalisation artistique. Objectif : révéler autrement des territoires français peu connus, sans population permanente, principalement investis par les scientifiques et les militaires.
Un auteur-metteur en scène, Guillaume Lambert, et un auteur clown, Mickaël Bouvier, sont les lauréats 2019 de cette résidence. Ils sont partis début décembre 2019 à bord du ravitailleur le Marion Dufresne pour une traversée vers l’archipel Crozet et l’île Amsterdam où ils séjourneront jusqu’en avril 2020.