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Les propositions du 24e Congrès de la FNCC

Par 31 mars 2017 octobre 7th, 2019 Aucun commentaire

Adresse du 24e Congrès de la FNCC

Lecture à voix multiples de l’Adresse du Congrès. © Alexa Bunet

Pour une nouvelle ambition politique qui conjugue la culture et les arts à tous les temps. « Nous, responsables politiques en charge de l’organisation de la vie collective tant à l’échelle nationale que dans les territoires, lançons cette adresse. Dans un contexte difficile de baisse des moyens financiers et d’affaiblissement des exigences des politiques publiques, nous sommes inquiets devant le renoncement qui commence à se traduire dans le champ de la culture, de l’expérimentation artistique et de l’innovation sociale, alors que jamais les besoins n’ont été aussi forts et multiples.

Nous devons réaffirmer notre engagement !

La culture et les arts contribuent à faire ce que nous sommes et réciproquement :

  • le lien avec nos proches, notre attention aux autres, à toutes les différences,
  • la pensée, l’intelligence de la sensibilité,
  • la curiosité pour la créativité de chacune et de chacun,
  • la fidélité aux valeurs de tolérance,
  • notre détermination face à toutes les inégalités, en particulier femmes/hommes
  • notre engagement politique, le courage pour inventer l’avenir,
  • notre énergie pour résister à l’intolérance et au fanatisme,
  • la conscience de nos responsabilités,
  • le vecteur de la connaissance et de la réflexion,
  • le goût du dialogue et de la controverse,
  • nos plaisirs, notre attachement à la démocratie et à la liberté.

Voilà pour l’essentiel ce qui nous constitue et fait de nous des êtres de cultures ; c’est ce monde de culture et d’arts que nous devons vivre, faire vivre et transmettre. Les capacités, les savoir-faire, les talents, les énergies sont là. Ce potentiel appelle à une mobilisation de la société toute entière pour porter ensemble – Etat et collectivités territoriales, aux côtés des artistes, des professionnel-le-s, des acteurs associatifs et de toutes celles et ceux pour qui la culture est le cœur même de notre projet de société – la responsabilité partagée des arts et de la culture au service d’un projet de société émancipateur.

Telles sont les exigences que nous portons publiquement dans le cadre des élections présidentielle et législatives. »

 

Les propositions-chantiers de la FNCC

 

Le vote des propositions. © Alexa Bunet

A l’orée d’échéances électorales majeures pour notre démocratie, la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture a adopté à l’unanimité, lors de son 24e Congrès à Saint-Etienne (30 et 31 mars 2017), cinq “propositions-chantiers” pour le renouvellement des politiques culturelles publiques : des perspectives de réflexion et d’action que les élu-e-s s’adressent à elles-mêmes et à eux-mêmes pour construire collectivement leur engagement – qu’il soit celui des communes, des communautés de communes, des départements ou des régions – à porter ensemble, aux côtés de l’Etat, la responsabilité culturelle partagée.

Avec pour nouvel horizon la structuration de l’organisation territoriale (lois Maptam et NOTRe) ainsi que les principes du respect des droits culturels des personnes et de la diversité des expressions culturelles (lois NOTRe et LCAP).

Ces cinq perspectives sont ouvertes, évolutives. Elles anticipent des dimensions globales de l’action publique qui appellent invention, concertation, écoute et dialogue avec toutes les personnes et les structures qui œuvrent en faveur de l’intérêt culturel général dans un monde en profonde mutation :

  1. responsabilité culturelle partagée
  2. culture et démocratie
  3. interculturalité, diversité et égalité
  4. dialogue ouvert et nouveaux réseaux
  5. espaces publics

La FNCC porte ces cinq propositions de chantiers de réflexion et d’action auprès des candidat-e-s à l’élection présidentielle et des candidat-e-s aux élections législatives afin de donner aux enjeux des arts et de la culture la place qui doit être la leur – vitale et nécessaire – dans le débat national.

 

Proposition n°1. La responsabilité culturelle partagée

Mobiliser rapidement l’ensemble des outils de la gouvernance culturelle partagée entre les collectivités territoriales et avec l’Etat au service de la promotion du respect des droits culturels des personnes (lois NOTRe et LCAP) et pour la mise en œuvre des principes et objectifs que la loi LCAP (article 3) impose au même titre à l’ensemble des acteurs de la puissance publique, Etat comme collectivités territoriales. Reconnaître le fait métropolitain tout en veillant à ce que les métropoles institutionnelles ne se développent pas au détriment des territoires.

Présentation. Notre société est l’objet de fortes mutations qui renouvellent de manière structurelle le contexte dans lequel se déploient les politiques culturelles et qui leur confèrent une responsabilité décisive pour la vitalité de notre démocratie.

Les difficultés budgétaires, qui contraignent l’engagement public, ne doivent pas brider leur ambition mais au contraire favoriser la co-construction de l’action publique entre les collectivités territoriales et avec l’Etat, en s’appuyant sur les nouvelles données de gouvernance issues de la réforme territoriale.

Les violences et les replis actuels donnent toute leur nécessité à la mise en œuvre des nouveaux paradigmes de l’action publique désormais inscrits dans la loi : respect des droits culturels des personnes et promotion de la diversité culturelle.

La marchandisation de la production et de l’échange culturel, dopée par le numérique, appelle à un nouvel engagement, à de nouvelles solidarités, à de nouvelles régulations publiques.

La fonction même des arts et de la culture se modifie : les attentes de chacune et de chacun d’entre nous relèvent d’un besoin inédit d’expression de soi et de partage avec l’autre.

Chantiers

  1. L’avenir du rôle du Conseil des collectivités territoriales pour la culture (CCTDC)
  2. La mobilisation effective des Conférences territoriales de l’action publique (CTAP) et de leurs commissions culture, en y associant des représentants de l’Etat.
  3. La redéfinition et l’extension du périmètre du ministère de la Culture.
  4. La mise en place de “conventions territoriales” pluriannuelles et non sectorielles pour organiser l’accompagnement par l’Etat des initiatives et des expérimentations territoriales.
  5. Une réflexion sur le rôle culturel des intercommunalités et des métropoles ainsi que sur leurs liens avec les communes.
  6. La prise en compte de la richesse culturelle des territoires ruraux et la nécessité de développer de nouvelles solidarités territoriales.
  7. La garantie du respect des droits culturels des personnes dans leurs trois dimensions fondamentales : accès à la culture, participation à la vie culturelle et contribution aux valeurs partagées.
  8. L’entrée de la puissance publique comme acteur d’un service public de l’Internet et la résorption de la fracture numérique territoriale.

Proposition n°2. Culture et démocratie

Accélérer et diversifier le processus de la démocratisation culturelle en la mettant au service de l’accès des personnes aux arts, à la culture et à leurs propres capacités expressives. Mettre en œuvre l’égalité de droit femme/homme.

Présentation. La démocratisation culturelle a jusqu’à présent été envisagée comme la finalité même des politiques culturelles publiques avec, pour objectif premier, l’accès des publics “éloignés” aux arts et à la culture. L’emploi de ses nombreux outils d’offre culturelle, de médiation, de sensibilisation et d’enseignement peut non seulement favoriser l’accès à l’art mais accompagner un processus d’autonomie, d’émancipation, de participation à la vie culturelle, d’expérimentation de la liberté au travers des arts et de la culture et de dialogue entre les personnes, entre les cultures, entre les générations.

C’est de l’apport de chacune et de chacun que se nourrissent nos valeurs partagées. Dans cette perspective, la démocratisation constitue l’un des processus pour la mise en œuvre progressive de la démocratie culturelle.

Chantiers

  1. L’affirmation du droit à l’expérimentation culturelle et de la nécessité de son accompagnement par l’Etat.
  2. L’audition de la FNCC dans le cadre du travail engagé dans le domaine de la culture par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.
  3. La question d’être une ressource auprès des élu-e-s sur l’égalité femme/homme.
  4. L’instauration d’un “1% culturel” pour l’ensemble des investissements publics.
  5. La création d’un moment national d’invitation aux collectivités territoriales et à l’ensemble des acteurs de la société civile à rendre disponibles des lieux non spécifiquement dédiés aux manifestations culturelles et à les investir de toutes les formes de l’expression artistique.
  6. L’accompagnement des expressions citoyennes, notamment dans les domaines des arts plastiques et des arts visuels, et la mise en œuvre pour toutes et tous des “parcours d’éducation artistique et culturelle” afin de favoriser l’accès à ses propres capacités sensibles, dès l’école et tout au long de la vie.
  7. Le renforcement du lien entre culture et éducation, notamment au niveau interministériel (le rôle du Haut Conseil à l’éducation artistique et culturel), mais également dans les territoires.

Proposition n°3. Interculturalité, diversité et égalité

Agir avec volontarisme pour que l’art et la culture, quels qu’en soient les domaines et les expressions, reflètent la diversité de la population vivant en France et dans ses territoires. Contribuer, par les voies de l’éducation et de la sensibilisation, à reconnaître la nécessité de l’apport culturel de chacune et de chacun, dans le respect de la parité femme/homme.

Présentation. Des personnes de nombreuses origines culturelles différentes cohabitent dans nos sociétés, et ce de plus en plus. La prise en compte de la légitimité de chaque culture et de la nécessité de sortir des représentations stéréotypées fait partie des grandes priorités pour la cohésion sociale et pour la qualité du dialogue interculturel dans nos démocraties. Un enjeu formalisé par la Convention de l’Unesco (2005) à laquelle se réfèrent les lois NOTRe et LCAP et affirmé par le Conseil de l’Europe (Livre blanc sur le dialogue interculturel, 2015).

Cependant, la diversité ne se réduit pas à la diversité des origines géographiques. La promotion de la diversité correspond également à la reconnaissance de l’apport culturel des jeunes, des personnes handicapées, ainsi que des différentes expressions artistiques et culturelles mais aussi artisanales, traditionnelles et festives… Avec une exigence fondamentale, loin d’être satisfaite et qui traverse toutes les autres : la parité femme/homme dans le champ culturel, à la fois sur le plan artistique et au niveau de l’exercice des responsabilités.

Chantiers

  1. La mise en œuvre volontariste de la parité femme/homme et d’une égale représentation des femmes dans la création artistique et aux responsabilités culturelles.
  2. La représentation sur les scènes publiques et dans l’offre culturelle aussi bien que dans l’enseignement artistique et dans les processus de médiation de l’ensemble des personnes qui composent la société : Français-e-s d’outre-mer, réfugiés, personnes d’origine étrangère, générations…
  3. L’attention portée aux cultures “du monde”, aux cultures traditionnelles, aux langues régionales et minoritaires ainsi qu’à l’intégralité des pratiques artistiques et culturelles, qu’elles soient savantes ou populaires, professionnelles ou en amateur.
  4. L’ouverture à l’Europe et au monde, notamment au travers de jumelages entre collectivités territoriales et d’autres modalités d’action de la coopération décentralisée.
  5. L’attention en faveur de la mobilité des acteurs, des artistes et des publics pour que chacune et chacun puisse vivre l’expérience d’une culture autre.
  6. La reconnaissance de la valeur culturelle propre des personnes handicapées – le handicap non comme un problème mais comme une richesse – via la promotion de la participation et de la contribution des personnes handicapées à la vie culturelle partagée.
  7. La reconnaissance de l’apport culturel et artistique des jeunes : ne pas catégoriser les “jeunes” comme un segment de population spécifique mais les considérer comme des personnes à part entière.

Proposition n°4. Dialogue ouvert et nouveaux réseaux

Ouvrir la responsabilité politique à l’ensemble des dimensions culturelles, œuvrer à leur croisement dans une logique de réseau et multiplier les dialogues avec les représentants de ses différents secteurs.

Chantiers

  1. La création d’espaces de concertation mêlant l’ensemble des acteurs contribuant au domaine des arts et de la culture mais également au-delà, en transversalité. Quel rôle pour les CTAP ? Autres espaces ?
  2. La mise en œuvre de politiques culturelles participatives, en s’appuyant sur les expérimentations des collectivités et en référence aux textes internationaux : Recommandation de Nairobi, de Belgrade (Unesco), Observation du comité du Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (ONU), Déclaration de Namur (Conseil de l’Europe)…
  3. Les dialogues avec les jeunes, avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire, de l’éducation populaire…
  4. Le rapprochement par l’action culturelle et la reconnaissance mutuelle entre monde de la culture et secteur privé : entreprises, mécènes, artisans, commerces culturels, mais aussi avec le sport, l’agriculture, la gastronomie, l’œnologie…
  5. Une approche du patrimoine (ou “ressources héritées”) au travers de la valeur qu’il représente pour les personnes et non seulement pour sa qualité scientifique ou historique objective (Faro).

Proposition n°5. Les espaces publics

Œuvrer à une politique garantissant la disponibilité, l’ouverture et la convivialité des espaces publics et des équipements culturels pour y instaurer la qualité d’accueil, l’égalité d’accès par la gratuité, au bénéfice de la mixité sociale et du dialogue interculturel et intergénérationnel.

Présentation. Sous la contrainte des normes et des dispositifs de sécurité, les espaces publics sont de moins en moins disponibles. Or les spectacles des arts de la rue, la venue d’un cirque dans une ville ou un village, l’itinérance des troupes, les déambulations de fanfares, mais aussi les carnavals, les fêtes, les bals…, sont l’occasion d’un partage d’émotions d’une qualité démocratique inégalable. Plus encore, le simple fait d’arpenter ensemble, de s’installer ensemble dans un espace public, comme dans un jardin public, est en soi-même une activité cultuelle au sens où cela reflète des valeurs de vie, de bien-être et de plaisir du partage et de l’échange.

En ce qui concerne les lieux où se produisent des manifestations culturelles – ici un cinéma, là un théâtre, là encore un musée… –, nous héritons d’une tradition de spécialisation qui bride le croisement des expressions ainsi que leur appropriation par les personnes. Leur ouverture à la multiplicité des expressions, les conditions à la fois horaires et tarifaires de leur disponibilité permettraient d’en faire, au-delà de leur fonction première de lieux de vie culturelle, des “lieux culturels de vie”, ouverts à toutes et à tous ainsi qu’à de nombreuses formes d’activités, de celles de scène ou de salle d’exposition pour les spectateurs, à celles d’espace de détente, de discussion, de rencontre, à la manière des bibliothèques dites “3e” lieu.

Il faudrait ouvrir à la fois la ville et les équipements de la ville afin que les espaces publics prennent leur véritable sens de vecteurs du partage social, de la confrontation des idées et d’échange des différences et afin de mettre en valeur l’apport culturel propre de chaque lieu, qu’il soit patrimonial, culturel ou environnemental.

Chantiers

  1. La construction de villes ouvertes, adaptées aux manifestations culturelles, accueillantes au nomadisme et à l’itinérance culturelle (notamment aux circuits de cinéma itinérant) et équipées pour une circulation favorisant le regroupement et la rencontre.
  2. Une réflexion sur les dispositifs tarifaires.
  3. Le renouvellement des missions et du fonctionnement des équipements culturels pour les rendre à leur mission première d’espaces publics et de “lieux culturels de vie”.
  4. L’extension du principe du label “librairie numérique de référence”, avec l’accompagnement national qu’il exige, à l’ensemble des secteurs et des établissements culturels : musées, équipements du spectacle vivant…
  5. La pertinence de la multiplication de lieux publics à la fois polyvalents (adaptés à plusieurs expressions artistiques et culturelles) et plurivoques, hébergeant des activités de différentes natures comme des activités de loisir, des activités sportives ou artistiques ou encore des manifestations de démocratie…
  6. La mise à disposition des espaces ou bâtiments promis à de futurs travaux en attendant le début effectif des travaux (squats temporaires ou éphémères).
  7. Mobilisation de l’art de la conversation, de la “palabre”, de la négociation permanente pour favoriser le dialogue social.